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Histoires providentielles
Algérie
Nº 847
1958

« J’ai vu le paradis, Dieu existe ! »

Jean Derobert doit sa vocation de prêtre en grande partie à Padre Pio de Pietrelcina . En effet, faisant ses études au séminaire français de Rome, il a l’occasion de rencontrer le saint italien. Ce dernier le prend pour fils spirituel et reste proche de lui toute sa vie. Alors qu’il est encore séminariste, Jean Derobert part pour la guerre d’Algérie. Un soir du mois d’août 1958, il est capturé par le Front de libération nationale (FLN) algérien et fusillé avec cinq autres militaires. Il fait alors une expérience de décorporation, que l’on peut nommer communément une EMI – expérience de mort imminente – et vit quelques instants dans l’au-delà, avant de se retrouver à nouveau, vivant, parmi ses camarades morts. Cette expérience le marque profondément.


Les raisons d'y croire

  • Le matin du jour où Jean Derobert sera exécuté, il reçoit une lettre énigmatique de Padre Pio, dans laquelle sont seulement inscrits ces mots, surlignés deux fois : « La vie est une lutte, mais elle conduit à la lumière. » Derobert ne sait alors pas ce qui l’attend, et il comprend seulement après la fusillade que Padre Pio savait déjà ce qui allait lui arriver. Jean comprend aussi combien Padre Pio a œuvré pour le protéger, par la prière.

  • Jean Derobert, capturé par le FLN, se souvient de cette phrase et pense avec une certaine sérénité qu’il va retrouver son créateur. Au moment de la fusillade, il vit une décorporation, observant son âme monter au-dessus de son corps criblé de balles, qui git auprès des autres. Il est aspiré dans une sorte de tunnel, environné d’abord de toutes sortes de personnes plus ou moins connues… Il a tout à fait conscience de ce qui l’entoure, et tout lui apparaît de manière très réelle, malgré le fait qu’il se voit mort.

  • Dans les EMI, on se fonde d’abord sur la cohérence du témoignage, puisque peu de choses sont réellement vérifiables. Cependant, certains détails peuvent apporter des preuves tangibles. Par exemple, quand Derobert se met à penser à ses parents, il se retrouve aussitôt transporté chez eux, où il les voit dormir, car c’est la nuit. Jean remarque qu’un meuble a été changé de place. Plus tard, demandant à sa mère pourquoi ils avaient bougé ce meuble, celle-ci s’étonne et lui demande comment il l’a su, preuve qu’il ne l’avait pas inventé.

  • Plusieurs années plus tard, en rentrant de la guerre, quand Jean Derobert put revoir Padre Pio, celui-ci l’appela aussitôt qu’il l’aperçut et lui dit, avant même que Derobert ne lui raconte ce qu’il a vécu : « Oh, comme tu as pu me faire courir, toi, mais ce que tu as vu, c’était très beau ! » Padre Pio a donc vécu l’EMI avec Jean, confirmant de fait sa proximité spirituelle avec lui, avec Dieu et les âmes.

  • Ce genre d’expériences surnaturelles ou spirituelles n’est pas rare : ils sont 4 à 10 % de la population à témoigner en avoir vécu, et plus d’un tiers des personnes qui reviennent d’un arrêt cardiaque (étude scientifique de The Lancet en 2024). Ces EMI présentent toutes des points en commun dans ce qui y est vécu ou observé, comme celle de Jean Derobert : la lumière indescriptible, le degré de conscience, l’expérience d’un amour inconditionnel infini provenant d’un être puissant, la présence d’autres personnes, connues de leur vivant ou pas, etc. Surtout, l’EMI provoque un changement radical de la façon de voir et de vivre sa vie sur terre, le rapport à la mort et à l’au-delà… Tout cela constitue une raison de penser qu’un autre état existe après la mort, qu’il est habité et qu’il est bien réel.

  • Jean Derobert est totalement miraculé : quand il revient à lui, ses vêtements sont troués et déchirés par les balles, il voit du sang sur sa poitrine et son dos parce qu’elles ont traversé son corps et auraient dû le laisser pour mort. Et pourtant, il vit, comme en atteste la réaction de son commandant qui « crie au miracle ». La volonté divine de garder le séminariste encore sur terre est la seule explication plausible.

  • Le récit de Jean Derobert est utilisé par le Vatican pour la cause de canonisation de Padre Pio, ce qui apporte une crédibilité de plus à ces faits. Cela inclut la reconnaissance implicite du miracle, mais aussi de la réalité de l’au-delà, dont il témoigne, et, par extension, de l’existence de Dieu : « J’ai continué mon ascension jusqu’au moment où je me suis trouvé dans un paysage merveilleux, enveloppé d’une lumière bleutée et douce… Il n’y avait pourtant pas de soleil " car le Seigneur est leur lumière…" comme dit l’Apocalypse. » Puis : « J’ai ressenti là l’assouvissement total de tout ce que je pouvais désirer… J’ai connu le bonheur parfait… »

  • Jean Derobert devient bien prêtre le 30 juin 1962, exactement comme le lui avait annoncé Padre Pio en 1955, alors que, normalement, Jean aurait dû être ordonné bien plus tôt. À la mort de Padre Pio, en 1968, il reçoit mystérieusement la visite du saint dans sa chambre pour un dernier adieu.


En savoir plus

Le père Jean Derobert est né le 25 octobre 1934 à Annecy, et il est ordonné prêtre le 30 juin 1962 à Notre-Dame de Paris. Il fait ses études ecclésiastiques au séminaire français de Rome et profite de se trouver en Italie pour rencontrer le Padre Pio, dont on entend déjà beaucoup parler à cette époque. En réalité, c’est Padre Pio qui attire à lui Jean Derobert, car il semble l’attendre. Il le choisit d’ailleurs pour fils spirituel, c’est-à-dire qu’il l’assure de ses prières et de son soutien dans les moments difficiles.

De fait, en déroulant a posteriori la vie de Jean Derobert, on découvre combien Padre Pio avait la connaissance et la vision de ce qui allait arriver à Jean. Par exemple, il lui prédit bien à l’avance sa date d’ordination, le 30 juin 1962. Quand Padre Pio dit cela à Jean Derobert, en 1955, ce dernier est étonné, car son ordination devrait logiquement avoir lieu, selon le calendrier de la fin de ses études, vers 1959. Mais il comprend pourquoi trois ans plus tard, lorsqu’il est appelé sous les drapeaux pour la guerre d’Algérie, puisque cela repousse d’autant sa formation. La date du 30 juin n’est pas habituelle non plus, puisqu’en général on ordonne les prêtres la veille, le 29 juin, jour de la Saint-Pierre-et-Paul. Mais lui sait, par un don surnaturel, qu’en 1962 cette fête sera décalée exceptionnellement à cause de la fête du Sacré-Cœur, qui tombe un dimanche.

Jean Derobert est enrôlé en 1958 comme aumônier au service de santé des armées sous le commandement du général Cazelle. Peu d’informations sont transmises de cette période, si ce n’est le propre témoignage de Jean Derobert, versé au dossier de canonisation de Padre Pio. Que serait devenu Jean Derobert sans cette action divine et sans la protection du saint homme ? Le témoignage est bref, mais explicite : le vêtement de Jean Derobert est troué de toute part, ce dernier constate les trous dans la porte en bois située derrière lui au moment de l’exécution, il y a encore du sang visqueux à son réveil sur ses vêtements et sur son corps, etc. Pourtant, plus aucune trace de blessure, plus de douleurs physiques…

On peut aussi souligner qu’à cette époque, peu de personnes témoignent d’expériences de mort imminente : ce n’est pas habituel d’en parler et l’on fait moins cas de ces récits qu’aujourd’hui. D’ailleurs, l’expression même naîtra bien plus tard, aux États-Unis, en 1975, grâce au docteur Raymond Moody. C’est pourquoi le fait que Jean Derobert se souvienne parfaitement de ce qu’il a vu pendant sa décorporation, qu’il évoque des détails impossibles à connaître (meuble déplacé), qu’il en parle à ses parents quelques jours après, que Padre Pio lui dise que ce qu’il a vu là-haut était si beau, avant même qu’il ne le lui raconte, etc., sont autant de petites preuves que ce témoignage est véridique. De plus, ce récit est corroboré par de nombreux témoignages plus récents d’autres EMI, qui présentent des points communs et dont la véracité est étayée par des techniques, modernes, qui excluent toute invention – bien qu’il soit influencé par ses propres connaissances de la réalité céleste.

« J’ai vu là des milliers de personnes, toutes à l’âge de trente ans à peu près, mais j’en rencontrais quelques-unes que je connaissais de leur vivant… Telle était morte à quatre-vingts ans… et elle semblait en avoir trente… Telle autre était morte à deux ans…et elles avaient le même âge… J’ai quitté ce " paradis " plein de fleurs extraordinaires et inconnues ici-bas. Et je suis monté encore plus haut… Là, j’ai perdu ma nature d’homme et je suis devenu une " goutte de lumière ". Je vis beaucoup d’autres " gouttes de lumière " et je savais que telle était saint Pierre, telle autre Paul ou Jean ou un apôtre, ou tel saint… Puis je vis Marie, merveilleusement belle dans son manteau de lumière, qui m’accueillait avec un sourire indicible… Derrière elle, il y avait Jésus, merveilleusement beau, et derrière, une zone de lumière dont je savais qu’elle était le Père, dans laquelle je me suis plongé… J’ai ressenti là l’assouvissement total de tout ce que je pouvais désirer… J’ai connu le bonheur parfait… et, brusquement, je me suis retrouvé sur terre, le visage dans la poussière, au milieu des corps sanglants de mes camarades. »

Par la suite, le père Derobert ne change pas une virgule de son témoignage, et ce jusqu’à sa mort, le vendredi 24 mai 2013.

Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.


Au delà

Ce témoignage rend gloire à Dieu. Il n’a certes que la valeur d’un simple témoignage, difficilement vérifiable scientifiquement. Cependant, il ne dit rien d’inacceptable pour la nature humaine, au contraire ! Il invite à rechercher Dieu dans la vie sur terre, à déceler ce qu’il y a de divin en nous, à ouvrir les capacités de notre âme à la communication avec l’Éternel.


Aller plus loin

Dr Patrick Theillier, Expériences de mort imminente, un signe du Ciel qui nous ouvre à la vie invisible, Artège, 2015.


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