Elizabeth Ann Seton : de la recherche de Dieu à la vérité eucharistique
Elizabeth Ann Seton est la première sainte née aux États-Unis reconnue par l’Église catholique. Sa vie manifeste une recherche droite et exigeante de Dieu, vécue dans la fidélité aux appels du Christ et à son Église. Élevée dans l’Église épiscopalienne, elle ne cesse d’approfondir sa vie intérieure jusqu’à reconnaître, au prix de lourds renoncements, la vérité qu’elle perçoit dans la foi catholique, notamment à travers l’Eucharistie. Mère de famille devenue veuve, puis religieuse, elle fonde une congrégation consacrée à l’éducation et au service, comme prolongement concret du chemin de foi qu’elle a elle-même parcouru, et pour répondre aux besoins réels de son temps.
Les raisons d'y croire
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Elizabeth, ignorée par sa belle-mère et souvent livrée à elle-même en raison des absences de son père, fait très tôt l’expérience de la solitude. C’est là qu’elle découvre en Dieu une présence fidèle, capable de combler ce manque : « Dieu est mon Père, je le prie de ne jamais m’abandonner. » Cette confiance filiale, née dans l’enfance, structure durablement sa vie intérieure et son rapport au monde.
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Avec son mari William, Elizabeth a cinq enfants, dont elle assure l’éducation, attentive à leur transmettre la foi et le sens des bonnes œuvres. Le foyer accueille aussi les six jeunes frères et sœurs de William, devenus orphelins. En élargissant ainsi sa responsabilité familiale, elle met concrètement en œuvre l’Évangile.
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Issu d’un milieu aisé, le couple connaît d’abord plusieurs années de prospérité avant que la situation ne se dégrade au début du XIXe siècle. Les conséquences de la guerre d’indépendance fragilisent l’économie, et la ruine de William devient inévitable ; la famille perd jusqu’à sa maison. Ce changement de condition ne modifie en rien l’attention qu’Elizabeth porte aux plus pauvres, qu’elle exerce de la même manière dans l’abondance que dans la précarité.
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Lorsque William contracte la tuberculose, un voyage en Italie est entrepris pour tenter de le soigner. Elizabeth l’accompagne avec leur fille aînée, Ann. À leur arrivée, une quarantaine leur est imposée en raison d’une épidémie de fièvre jaune aux États-Unis, les retenant dans un lazaret délabré où l’état de William s’aggrave, faute de soins. Dans le froid, la promiscuité et l’attente injustifiée, Elizabeth demeure auprès de son mari, partageant ses souffrances et portant avec lui cette épreuve, selon cette parole du Christ : « J’étais malade, et vous m’avez visité. »
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Par la présence fidèle d’Elizabeth et par sa manière de prier et de souffrir auprès de lui, William, jusque-là peu croyant et non pratiquant, s’ouvre progressivement à Dieu. À l’approche de la mort, il accueille la foi chrétienne et meurt le 28 décembre 1803 en vénérant le nom de Jésus, en qui il place désormais son espérance.
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Cette épreuve ouvre pour Elizabeth un chemin inattendu : accueillie à Livourne par les associés de son mari, les Felicchi, une famille catholique, elle est touchée par leur charité hors du commun. C’est dans ce cadre qu’elle découvre l’Eucharistie et le mystère de la Présence réelle, qui la bouleversent profondément : « Je tombai à genoux à la première place libre et je versai un flot de larmes. »
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Elizabeth décide de se convertir définitivement à la foi catholique, contre les usages de son pays, de sa famille et de ses amis, qui considèrent l’Église anglicane comme l’unique véritable Église. Ce choix lui demande un grand courage, mais surtout une foi ferme et un abandon à la Providence, d’autant qu’il entraîne l’arrêt de certaines aides financières. Elle l’exprime simplement : « Je ne cherche que Dieu et son Église ; j’attends la paix de ce côté et nullement du côté des hommes. »
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Canonisée le 14 septembre 1975 par le pape Paul VI, Elizabeth Ann Seton est reconnue sainte au terme d’une enquête longue et rigoureuse, au cours de laquelle l’Église a examiné sa vie, ses écrits et les témoignages attestant l’héroïcité de ses vertus. Cette reconnaissance officielle éclaire la fécondité durable de son témoignage, aujourd’hui encore très influent aux États-Unis, notamment auprès des communautés enseignantes, des écoles, des veuves et de ceux qui prennent la mer.
En savoir plus
Elizabeth Ann Seton naît à New York en 1774 dans une famille aisée et reconnue. Son enfance est marquée par des blessures précoces : la mort de sa mère alors qu’elle n’a que trois ans, le remariage rapide de son père avec une femme distante, et de longues absences dues à la profession médicale de celui-ci. Très tôt, Elizabeth fait l’expérience de la solitude et traverse une adolescence tourmentée.
À la sortie de la guerre d’indépendance, New York se reconstruit et devient un centre économique majeur. Elizabeth épouse en 1794 William Seton, riche négociant engagé dans le commerce maritime avec l’Europe. Le couple fonde une famille nombreuse et traverse d’abord plusieurs années de prospérité. Mais les conflits internationaux fragilisent rapidement l’économie ; la faillite de l’entreprise de William, déjà affaibli par la maladie, entraîne une chute brutale de leur situation.
Atteint de tuberculose, William part en Italie dans l’espoir de se soigner, accompagné d’Elizabeth et de leur fille aînée. À leur arrivée, une quarantaine leur est imposée en raison d’une épidémie de fièvre jaune sévissant aux États-Unis. Enfermé dans un lazaret délabré, William ne reçoit aucun soin. Elizabeth traverse cette épreuve avec une liberté intérieure qui frappe les témoins : « Je regarde ma position comme un trésor. Si mon corps est en prison, mon âme est en liberté… » William meurt peu après, en prononçant le nom de Jésus.
Restée plusieurs mois à Livourne, Elizabeth est accueillie par la famille Felicchi, catholique. C’est dans ce contexte qu’elle découvre la foi de l’Église catholique et, surtout, l’Eucharistie. Elle confiera plus tard : « Ils possèdent Dieu dans le sacrement… Je suis tombée à genoux… J’ai crié à Dieu qu’il me bénisse, s’il était là. » Elle fait également l’expérience d’une relation confiante à la Vierge Marie : « Que, par sa Mère, nous puissions plus sûrement le trouver ! »
De retour aux États-Unis, Elizabeth garde un temps ce chemin intérieur dans le silence, consciente des résistances qu’il suscitera. La jeune nation américaine se méfie alors fortement du catholicisme. Pourtant, en février 1805, elle devient catholique, animée par un désir clair de recevoir le Christ réellement présent dans l’Eucharistie.
Peu après, le père sulpicien Louis-Guillaume Dubourg lui propose d’ouvrir une école catholique pour jeunes filles. Elizabeth hésite, soucieuse de rester fidèle à ses devoirs de mère, et consciente de ses limites : « Comment pourrais-je enseigner les autres, moi qui me connais si peu moi-même ? » Elle accepte finalement, s’en remettant à la grâce de Dieu : « Nous savons avec certitude que Dieu nous appelle à une vie de sainteté… » L’école ouvre en 1808.
Ce pas conduit rapidement à la fondation d’une communauté religieuse. En 1809, Elizabeth prononce ses vœux et devient la première supérieure d’une congrégation féminine née sur le sol américain. La communauté adopte ensuite la règle de saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac, orientée vers la prière et le service. Elizabeth exhorte ses sœurs : « Nous devons prier sans cesse… » ; « Les portes du Ciel sont basses. Seuls les humbles pourront entrer. »
Les dernières années de sa vie sont marquées par la maladie, par une grande fatigue et par une épreuve spirituelle intérieure qu’elle traverse discrètement et dans une grande foi : « Je fais ce que je peux pour me tenir sur l’étroit sentier qui conduit à Dieu seul… » Elle meurt le 4 janvier 1821 à Emmitsburg, à quarante-six ans, laissant à ses sœurs ce dernier appel : « Soyez enfants de l’Église ! »
Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum.
Au delà
La vie d’Elizabeth Ann Seton montre qu’une recherche sincère et persévérante de Dieu mène toujours à la vérité. En avançant avec humilité, elle rencontre l’Église catholique, qui est l’Église fondée par le Christ lui-même. Cette rencontre ne relève ni d’une préférence culturelle ni d’une sensibilité personnelle, mais d’une reconnaissance progressive d’une continuité vivante, transmise depuis les apôtres : « C’est là l’unique Église du Christ » (Congrégation pour la doctrine de la Foi, Dominus Iesus, 6 août 2000). Dans le cheminement d’Elizabeth, la famille Felicchi joue, sans le savoir et par son exemple, un rôle décisif. Par leur charité et leur simplicité, cette famille illustre parfaitement ce que l’Écriture attend des laïcs chrétiens : qu’ils soient des « coopérateurs de la vérité » ( 3 Jn,8 ), laissant à la grâce de Dieu le soin d’agir en profondeur dans l’âme de leurs prochains.
Aller plus loin
L’ article de l’abbaye de Clairval.
En complément
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L’ article des fondatrices des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph.
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Article d’Odile Haumonté : « Elizabeth Seton (1774 – 1821) – La première sainte du Nouveau-Monde ».
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Biographie en anglais de Joseph I. Dirvin, C.M., Saint Elizabeth Ann Seton : A Spiritual Portrait de Joseph(Ignatius Press, 2e édition, 2025), classique réédité pour le cinquantième anniversaire de sa canonisation, basé sur des archives authentiques.