Vénérable Géronimo, emmuré vivant à Alger
Géronimo, enfant arabe, est acheté par le vicaire général d’Oran, Jean Caro. Il est élevé dans la foi chrétienne jusqu’à ses huit ans, âge auquel il est repris de force par sa tribu musulmane. Mais il garde au cœur les enseignements reçus. À vingt-cinq ans, poussé par le Saint-Esprit, il revient auprès de son père adoptif et spirituel, Jean Caro, et renouvelle son engagement chrétien. Plus tard, à nouveau capturé et esclave, il refuse obstinément d’abjurer le Christ, malgré les menaces et les pressions. En 1569, il est emmuré vivant pour sa foi, fidèle et confiant en Dieu jusqu’à la fin, et recevant de lui force et courage.
Les raisons d'y croire
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La foi de Géronimo n’est pas le fruit d’un conditionnement prolongé, mais d’un enseignement bref et simple, reçu en l’espace d’à peine quatre années. Ensuite, pendant dix-sept ans, Géronimo est plongé dans un milieu entièrement étranger et hostile à la foi chrétienne. L’immersion complète et durable dans l’islam à partir de ses huit ans, sans aucun soutien ni rappel de la foi chrétienne, n’a pas défait les enseignements du vicaire ; il est raisonnable de croire que ceux-ci détenaient une vérité profonde, c’est pourquoi les quatre années de sa tendre jeunesse ont suffi pour le marquer si durablement.
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À vingt-cinq ans, librement et en pleine connaissance des risques, il choisit publiquement le Christ. Le fait qu’une foi reçue si jeune ait résisté à la pression sociale, religieuse et culturelle, sans appui humain, rend son choix hautement significatif.
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Il assume sa foi au prix de la persécution, ce qui donne un poids décisif à son témoignage. Esclave du pacha d’Alger, Eudj-Ali, Géronimo est soumis à de fortes pressions pour renier le Christ, « les uns exposant leurs raisons, les autres lui faisant des propositions, d’autres le menaçant pour amener sa conversion ». À tous, il oppose une réponse inébranlable : « Je ne renierai ma foi pour rien au monde. » Les convictions spirituelles de Géronimo sont donc profondément enracinées et ne reposent pas sur un quelconque intérêt humain.
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Le pacha, exaspéré, décide de faire de Géronimo un exemple afin de dissuader toute conversion au christianisme, et il lui prépare une mort volontairement cruelle. Géronimo connaît le sort qui l’attend. Pourtant, il ne cherche ni à fuir ni à transiger.
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Le jour de son martyre, le 18 septembre 1569, il se rend à la messe, reçoit les sacrements de la confession et de l’eucharistie, puis affronte la mort dans la paix. Il y puise le courage de faire face à la torture qui l’attend. Son attitude manifeste que sa force ne vient pas de lui-même, mais « d’en haut ».
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La force du témoignage de Géronimo est telle qu’elle frappe jusqu’à son bourreau. Assistant à son martyre, le pacha d’Alger reconnaît lui-même : « Jamais je n’aurais cru que ce chrétien reçût la mort avec tant de courage. » Cette parole, arrachée à un persécuteur hostile, a une valeur particulière : elle souligne que l’attitude de Géronimo, qui ne manifeste ni peur ni haine, mais une paix inexplicable, dépasse ce que permettent les ressources humaines ordinaires.
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C’est le chroniqueur Diego de Haëgo qui relate la vie de ce jeune Arabe dans ses Dialogos de los Martyres(1616). Son martyre date seulement de quelques décennies plus tôt, en 1569.
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Son histoire aurait sombré dans l’oubli si Adrien Berbrugger, conservateur de la bibliothèque d’Alger, n’était pas tombé par hasard sur l’un des manuscrits relatant l’histoire de Géronimo. Or, à cette même époque se déroulait la démolition du fort des Vingt-Quatre-Heures, à Bab el-Oued, à Alger. Le 27 décembre 1853, remarquant un bloc demeuré debout, on découvre un squelette dans une cavité du mur. C’est la conjonction providentielle de la découverte documentaire par Berbrugger et de la mise au jour des restes du martyr qui permit de relancer la mémoire de Géronimo dans l’Église, même si ses bourreaux avaient tout fait pour qu’il disparaisse à jamais.
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L’identité du squelette, daté du XVIe siècle, ne fait aucun doute : il s’agit de Géronimo. On voit encore la corde qui noue ses mains.
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Monseigneur Pavy, archevêque d’Alger, fit au pape un exposé sur les circonstances extraordinaires du martyre de Géronimo et sur la manière providentielle dont ses restes furent découverts.
En savoir plus
Au XVIe siècle, l’Afrique du Nord est un espace de fortes tensions religieuses et politiques. La Régence d’Alger, intégrée à l’Empire ottoman, est un haut lieu de commerce pour la piraterie barbaresque : razzias, captivité de chrétiens et esclavage rythment les relations avec les puissances chrétiennes d’Espagne et d’Italie. Dans ce contexte, les conversions au christianisme sont sévèrement réprimées, tandis que des ordres religieux – Trinitaires , Mercédaires , puis, au siècle suivant, Lazaristes – se consacrent au rachat des captifs et à leur soutien spirituel.
C’est dans ce cadre que s’inscrit l’histoire de Géronimo. Vers 1536, lors d’une razzia près d’Oran, un très jeune enfant arabe est capturé. Vendu sur le marché aux esclaves alors qu’il a à peine quatre ans, il est racheté par Jean Caro, vicaire général de la ville d’Oran, qui l’élève comme son fils et lui enseigne la foi catholique. Baptisé sous le nom de Géronimo, l’enfant reçoit une éducation chrétienne jusqu’à l’âge de huit ans ; c’est alors que, profitant d’une épidémie de peste, des Maures enlèvent l’enfant et le ramènent dans sa tribu.
Redevenu musulman par contrainte, Géronimo n’en conserve pas moins, au fond de lui, le souvenir vivant de la foi reçue. Pendant près de dix-sept ans, il vit en milieu musulman sans perdre cette conviction secrète. Il s’enfuit en1559, à l’âge de vingt-cinq ans, pour rejoindre son père spirituel et adoptif, Jean Caro, à Oran. Réconcilié avec l’Église, marié à une chrétienne d’origine maure, il entre au service de l’armée espagnole.
En 1569, lors d’une mission militaire, Géronimo est à nouveau capturé et conduit à Alger comme esclave du pacha Eudj-Ali, un Calabrais. Devenu beylerbey d’Alger en 1568, Eudj-Ali restera à la tête d’Alger jusqu’en 1571, avant de devenir grand amiral de la flotte ottomane. À la demande du pacha, plusieurs personnes tentent de faire apostasier Géronimo par menaces, argumentations ou promesses. Géronimo refuse inlassablement. Pour faire un exemple, Eudj-Ali ordonne une exécution publique d’une cruauté exceptionnelle.
Prévenu de son sort, Géronimo ne fuit pas. Le 18 septembre 1569, il est conduit hors des murs d’Alger, près de Bab el-Oued, où il est emmuré vivant dans un bastion en construction. Géronimo meurt à trente-cinq ans, par fidélité au Christ.
Son souvenir ne disparaîtra pas. En 1853, lors de travaux, sa dépouille est redécouverte. Son corps est solennellement transféré à la cathédrale Saint-Philippe d’Alger, devant un millier de personnes. À la demande de l’archevêque d’Alger, Mgr Pavy, le pape Pie IX le proclame vénérable.
Solveig Parent
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L’émission « Les Belles Figures de l’Histoire » du 22 février 2025 : « Geronimo, martyr enterré vivant en Algérie ».
En complément
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Louis Bertrand, Sanguis martyrum, les premiers martyrs chrétiens d'Afrique du Nord, Via Romana, 2016.
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France Catholique, le numéro Une histoire chrétienne de l’Algérie.