
Peter To Rot fait fleurir l’Évangile en terre papoue
Catéchiste papou à Rakunai, un village de Nouvelle-Guinée, Peter To Rot entre en résistance contre l’assaillant japonais durant la Seconde Guerre mondiale, gardant vivante la foi catholique de son peuple malgré les restrictions puis l’interdiction du culte catholique. Arrêté puis emprisonné par les autorités japonaises, Peter accepte de donner sa vie pour défendre la vérité de la foi et du mariage chrétiens. Il meurt martyr le 7 juillet 1945. Il sera canonisé le 19 octobre 2025 par le pape Léon XIV, faisant de lui le premier saint papou.
Les raisons d'y croire
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Peter To Rot est animé d’une foi profonde et cohérente qui se manifeste dans ses paroles autant que dans ses actes. Il s’oriente vers une vie de laïc consacré à l’évangélisation et devient à l’âge de vingt et un ans le plus jeune catéchiste de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Son rayonnement évangélique est considérable, dans son village et au-delà.
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La fertilité de l’Évangile dans la culture mélanésienne non occidentale confirme que le christianisme est une vérité accessible de façon universelle, capable de transformer les cœurs de tous les peuples. En effet, le message du Christ a été pleinement accueilli et vécu de manière héroïque et totale dans ce contexte culturel très éloigné de l’Occident. Cela témoigne de son universalité et de sa pertinence pour toute l’humanité.
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Lors de la Seconde Guerre mondiale, les prêtres missionnaires de Papouasie sont emprisonnés dans des camps de concentration. Peter, catéchiste laïc de son village, devient alors un leader spirituel, organisant toute la vie paroissiale. Lorsque le culte catholique est interdit, Peter entre en résistance et met en place au cœur de la brousse une véritable Église clandestine. Au péril de sa propre vie, il assure les services de prière, l’enseignement du catéchisme, l’administration du baptême et des mariages, la conservation et la distribution de l’eucharistie, etc. « Ils ont enlevé nos prêtres, mais ils ne peuvent pas nous empêcher d’être catholiques et de vivre et mourir comme tels. Je suis votre catéchiste et je ferai mon devoir, même si cela me coûte la vie. »
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Lorsque les Japonais décident de rétablir la polygamie, afin d’affaiblir le catholicisme, Peter To Rot s’y oppose ouvertement : il se lance dans la défense de la doctrine chrétienne sur le mariage et en montre la beauté, comme le fit Jean-Baptiste, le cousin de Jésus. Cela lui vaut d’être dénoncé aux Japonais, arrêté, interrogé et emprisonné.
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Alors qu’il aurait pu facilement sauver sa vie, par exemple en arrêtant d’être catéchiste, Peter To Rot préfère donner celle-ci pour la foi et le mariage chrétiens. Peter est exécuté : il meurt en martyr. Les décisions qui le mènent à la mort ne sont pas désespérées, mais relèvent au contraire d’un choix conscient et serein. Le sacrifice volontaire de Peter To Rot n’est pas le fruit d’une simple croyance humaine ou d’un idéal, c’est le fruit d’une conviction intérieure suscitée par une réalité spirituelle.
En savoir plus
Peter To Rot est né le 5 mars 1912 en Nouvelle-Guinée, sur l’île de Nouvelle-Poméranie (actuelle Nouvelle-Bretagne). Ses parents, Angelo Tu Puia, un chef de village très respecté, et Maria Ia Tumul, appartiennent à la première génération de catholiques de la région. Tous deux se sont convertis au catholicisme en 1898 et ont été baptisés à l’âge adulte, avant de se marier devant Dieu la même année.
Peter, le troisième des six enfants d’Angelo et Maria, montre dès son enfance une âme à la fois spirituelle, servant la messe quotidiennement, et généreuse. L’enfant se montre davantage préoccupé par son prochain que par lui-même, n’hésitant pas à secourir vieillards et démunis. Agile pour grimper aux cocotiers, il lui arrive ainsi d’y chercher des noix de coco pour les donner aux anciens. En 1919, après lui avoir enseigné les bases du catéchisme, Angelo envoie son fils à la mission locale, l’école du village, même si celle-ci n’est pas obligatoire à l’époque. Les instructeurs de Peter remarquent que le journal des activités de ce bon élève inclut toujours les prières du matin et du soir.
En 1930, ayant constaté les qualités du jeune homme, le curé de la paroisse demande au père de Peter s’il autoriserait son fils à devenir prêtre. Angelo lui répond que l’heure n’est pas encore venue pour les Papous de sa génération d’avoir leurs propres prêtres. Le chef de village propose plutôt à son fils d’étudier afin de devenir catéchiste laïc. C’est ainsi qu’en automne 1930, à l’âge de dix-huit ans, Peter commence ses études au collège Saint-Paul des Missionnaires du Sacré-Cœur de Taliligap, qui forme des catéchistes travaillant en étroite collaboration avec les missionnaires. Là, la vie de prières du jeune homme se développe encore, avec sa participation quotidienne à la messe, les prières fréquentes à l’église pendant la journée et une dévotion accrue au saint sacrement. À Taliligap, le jeune homme s’épanouit à travers le travail, les sports, les loisirs et la prière. Étudiant intelligent et doué de grandes capacités de leadership, Peter obtient son diplôme de catéchiste trois ans plus tard, en 1933, devenant ainsi le plus jeune de tous les catéchistes de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Remettant à Peter la croix du catéchiste, l’évêque local le nomme catéchiste à la paroisse de Rakunai, en 1933. To Rot retourne ainsi dans son village, où il assiste le père Laufer. Organisateur hors pair, excellent professeur, Peter met en place et enseigne le catéchisme à l’école paroissiale, tout en proposant également des temps de prière. Toujours plongé dans les Saintes Écritures, qu’il connaît en grande partie par cœur, Peter emmène la Bible partout avec lui – fait rare pour un catholique à l’époque. Pour ceux qui le côtoient, il est clair que Peter enseigne autant par ses œuvres et sa vie que par ses paroles. Transmettant l’Évangile, le catéchiste le vit aussi radicalement, visitant les malades et priant avec eux. Calme et plein de bonté, Peter est proche des gens. « Il était modeste et il n’y avait pas la moindre vanité en lui, ni en ce qui concerne ses origines ni ses capacités. Il s’est laissé guider par les catéchistes plus âgés dans son travail et a accepté leurs conseils, mais a fini par les éclipser tous et est rapidement devenu leur leader reconnu, bien qu’il soit plus jeune. » À l’âge de vingt-quatre ans, en 1936, Peter épouse Paula Ia Varpit à l’église de Rakunai. Unis par la prière, qu’ils partagent matin et soir, Peter et Paula sont très complices. De leur union naîtront trois enfants. Mari aimant, Peter se montre aussi un véritable « papa poule », portant souvent ses enfants et jouant avec eux, ce qui est assez inhabituel dans la culture locale.
En 1942, la guerre éclate et la Papouasie-Nouvelle-Guinée est occupée par les Japonais. Tous les prêtres missionnaires sont emprisonnés dans des camps de concentration. Obligé de partir, le curé du village laisse cependant ses ouailles entre de bonnes mains : « À Rot, je laisse tout mon travail ici entre tes mains. Occupez-vous bien de ces gens. Aidez-les, afin qu’ils n’oublient pas Dieu. » En effet, Peter n’étant pas missionnaire au sens strict du terme, il est autorisé à rester à Rakunai. C’est alors lui qui prend les choses en main, devenant le leader spirituel du district de Rakunai et organisant la vie spirituelle et cultuelle du village. « C’est un très mauvais moment pour nous, et nous avons tous peur, dit-il aux paroissiens, mais Dieu notre Père est avec nous et prend soin de nous. Nous devons prier et lui demander de rester toujours avec nous. »
Si, au début de la guerre, les Japonais ne prêtent guère attention à la pratique de la foi catholique, leur hostilité vis-à-vis du christianisme va croissante, au rythme de leurs défaites militaires. En 1943, les autorités japonaises restreignent les services religieux et, quelques mois plus tard, les interdisent complètement : « Vous, vous ne devez pas prier votre Dieu. Vous ne pouvez pas vous réunir le dimanche pour l’office, et vous ne devez pas non plus prier dans les villages. Quiconque désobéit à cette loi ira en prison. » Face à cette interdiction, Peter To Rot prend la parole : « Les Japonais ne peuvent pas nous empêcher d’aimer Dieu et d’obéir à ses lois ! Nous devons être forts et nous devons refuser de leur céder. » Peter entre en résistance. Lorsque les bombardements s’intensifient, To Rot répartit les gens en petits groupes et les fait se réunir pour prier dans des grottes.
L’église du village ayant été détruite par les Japonais, Peter construit une « église de brousse », en branchages, à l’extérieur du village. Au péril de sa propre vie, indifférent aux risques pris, Peter continue d’assurer les services de prière, l’enseignement du catéchisme, l’administration du baptême et des mariages, la conservation et la distribution de l’eucharistie, notamment aux malades et aux mourants, ainsi que l’assistance aux pauvres. Devant les inquiétudes de son entourage, en particulier de sa femme Paula, qui craint que l’engagement de son mari mette en danger leur famille, Peter répond : « Si je dois mourir, c’est ainsi, je mourrai pour le Royaume de Dieu parmi notre peuple. »
Afin d’affaiblir le catholicisme local, l’occupant japonais décide de rétablir la pratique traditionnelle de la polygamie, sachant que l’adhésion au mariage monogame ne va pas de soi dans la culture traditionnelle. Sur cette question, à nouveau, Peter To Rot sera intraitable dans la défense de l’enseignement de l’Église pour le mariage monogame. Ainsi, Peter n’hésite-t-il pas à dénoncer publiquement le mariage polygame et à réprimander les hommes désireux d’épouser plusieurs femmes. Le catéchiste s’oppose ainsi à Metepa, un policier qui collabore avec les Japonais et qui est prêt à enlever une femme mariée pour en faire sa seconde concubine, mais aussi à son propre frère, qui milite en faveur du rétablissement de cette coutume ancestrale. Peter a à cœur de promouvoir la beauté de la doctrine chrétienne sur le mariage, mais aussi de défendre les femmes enlevées pour devenir des secondes épouses. Cet engagement de To Rot n’est pas vu d’un bon œil par les promoteurs de la polygamie, en particulier ceux qui travaillent comme espions pour les Japonais et qui n’hésitent pas à dénoncer Peter.
Un jour, à Noël 1944, les autorités japonaises effectuent une perquisition chez To Rot. Ils y trouvent une Bible, un catéchisme, un recueil de chants, des cahiers et deux crucifix. La police arrête alors le catéchiste et l’emmène sur le champ. Au siège de la police, le chef Meshida interroge le catéchiste sur sa prédication, sur la célébration des services religieux, ou encore sur son opposition à la loi japonaise, qui autorise plus d’une épouse. To Rot ne nie rien. Il est alors violemment battu, puis condamné à deux mois de prison dans le camp de concentration de Vunaiara, où il est enfermé dans une petite cellule sans fenêtre. To Rot y reçoit de nombreuses visites, de parents et d’amis, en particulier de sa mère et de sa femme, qui lui apportent de la nourriture. Au chef du village qui vient le voir, Peter explique : « Je suis ici à cause de ceux qui ont rompu leurs vœux de mariage et à cause de ceux qui ne veulent pas la croissance du Royaume de Dieu… Eh bien, je suis prêt à mourir. Mais vous devez prendre soin des gens. » À un autre ami, Peter ajoute : « Si c’est la volonté de Dieu, je serai assassiné pour ma foi. Je suis un enfant de l’Église, et donc pour l’Église je mourrai. » À sa femme, qui le supplie de renoncer à être catéchiste, afin qu’il sauve sa vie, To Rot rétorque qu’il ne peut renoncer à ses responsabilités envers le peuple.
Le jour de sa mort, To Rot dit à sa mère : « La police m’a dit que, ce soir, un médecin japonais viendrait me donner des médicaments. Étonnant, puisque je ne suis pas malade. Je soupçonne que c’est un piège. » Le catéchiste demande ensuite à sa femme d’apporter sa croix, ainsi que de beaux vêtements afin qu’il puisse rencontrer Dieu habillé de façon appropriée. Tard dans l’après-midi, To Rot se tient à la porte de la hutte de la prison, en prière… lorsque des hommes viennent le chercher.
Le lendemain matin, le corps de To Rot est découvert sans vie. Feignant la surprise, les autorités japonaises prétendent que la mort du catéchiste est survenue par maladie. Cependant, au village de Rakunai, personne n’est dupe. Les villageois et la famille de Peter, autorisés à emmener la dépouille du jeune homme, découvrent son corps meurtri et ensanglanté, preuve d’une mort violente. Il semble qu’après avoir échoué à tuer le catéchiste par injection létale, les Japonais aient frappé à mort le jeune homme. Peter To Rot reçoit une sépulture de chef dans le nouveau cimetière, à côté de l’église où il avait exercé son ministère. À partir de ce jour, il est vénéré comme un martyr pour sa foi.
« Les missionnaires étrangers ne sont pas les seuls à avoir offert leur vie au Christ : il y a aussi la figure inoubliable du bienheureux Peter To Rot, le premier fruit de la foi de vos terres, présenté maintenant à l’Église dans le monde comme un exemple de fidélité à Dieu... » (Jean-Paul II, lors de la visite ad limina des évêques de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon, 1998)
Thomas Belleil, auteur de livres de spiritualité, diplômé en sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études et en théologie au Collège des Bernardins.
Au delà
En 1993, la béatification de Peter To Rot reçoit l’approbation du pape Jean-Paul II, qui confirme que To Rot a bien été tué in odium fidei (par haine de la foi).
Une dispense du miracle habituellement nécessaire pour la canonisation a été demandée en 2024 en raison de l’absence de documentation médicale locale, de la structure hospitalière limitée, de la tradition orale dominante, de l’absence d’écrits formels, etc. Le pape François a accordé cette dispense en mars 2025, reconnaissant que, malgré l’absence d’un miracle formellement documenté, il existe « un nombre impressionnant de signes et de grâces »attribués à son intercession et rapportés dans la piété populaire locale.
Le catéchiste sera donc solennellement proclamé saint le 19 octobre 2025 par le pape Léon XIV. Il deviendra alors le premier saint papou.
Aller plus loin
Tomas Ravaioli, Blessed Peter To Rot, Paperback, 2024.
En complément
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L’article d’Aleteia : « Peter To Rot, le Papou qui donna sa vie pour défendre le mariage chrétien ». En anglais : « Blessed Peter To Rot, the Martyr Who Died to Defend Marriage ».
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La biographie de Peter To Rot et l’homélie de la messe de béatification sont disponibles sur le site Internet du Dicastère pour la cause des saints (en italien).
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Le discours du pape Jean-Paul II à l’occasion de la visite ad limina des évêques de Papouasie-Nouvelle Guinée et des Îles Salomon, en 1998.
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L’article d’Agenzia Fides (Organe d’information des Œuvres Pontificales Missionnaires) : « Le catéchiste martyr Pietro To Rot sera le premier saint de Papouasie-Nouvelle-Guinée ».