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© CC BY-SA 3.0/Finoskov
Les saints
Arles
Nº 999
470 – 542

Césaire d’Arles, à la naissance de l’Europe chrétienne

Césaire d’Arles est né en 470 à Chalon-sur-Saône. À l’âge de dix-neuf ans, il gagne le monastère de l’île de Lérins. Puis il est envoyé à Arles, où il deviendra évêque de 502 à 542. Très proche du peuple, il prêche tous les jours dans un langage accessible aux plus simples. Il est à la fois un pasteur, un organisateur, un législateur, un liturge, un innovateur de la vie monastique, un prédicateur et le premier évangélisateur de toute l’Europe, un thaumaturge et un exorciste. Nous conservons de lui 238 sermons. Il est l’auteur de divers petits traités théologiques et du Symbole dit d’Athanase. Les conciles qu’il a convoqués, dirigés ou influencés ont marqué très durablement la vie de la chrétienté, jusqu’à nos jours.


Les raisons d'y croire

  • Césaire d’Arles s’est appliqué à prêcher de façon à être compris par les fidèles, même peu cultivés. Il parlait brièvement, afin que chacun puisse aller sans délai à son travail. Nous pouvons dire qu’il renouvelle l’art de la prédication en introduisant une certaine répétition d’idées et de contenus simples. Il prend soin de ne développer en général qu’un seul sujet et prend appui sur un verset biblique qui lui sert à formuler un désir ou à rappeler une obligation : il les justifie, cite l’Écriture, montre le bien-fondé des commandements divins, leur facilité, les risques encourus si on les néglige, le bonheur promis aux élus. Il prie Dieu de rendre les fidèles dignes d’y accéder. Le christianisme qu’il prêche est ainsi capable de rejoindre aussi bien les élites gallo-romaines que les paysans.

  • Césaire d’Arles est considéré comme le premier évangélisateur de l’Europe car de nombreux missionnaires et évêques s’arrêtent à Arles sur leur chemin vers Rome. Césaire en profite pour leur remettre un recueil de ses sermons, à charge de les recopier et de les distribuer autour d’eux. Pendant un millénaire, ses sermons, pourtant conçus pour les populations de la Provence du VIe siècle, ont ainsi alimenté l’homilétique. Certains prédicateurs, comme saint Éloi de Noyon, n’hésiteront pas à les reproduire presque mot à mot. Saint Boniface s’en inspirera largement. Cette extraordinaire diffusion ne témoigne pas seulement du talent de Césaire. C’est que, derrière le prédicateur, demeure l’Évangile qu’il transmet. Cette fécondité dans le temps et dans l’espace, en dépassant le milieu historique où il est annoncé, constitue un indice remarquable de l’universalité du message du Christ.

  • Ses sermons témoignent d’un souci constant de distinguer la foi de la superstition et de la magie. Césaire combat vigoureusement le recours aux augures, aux amulettes, aux sortilèges et aux pratiques héritées du paganisme, pourtant encore profondément enracinées dans la population. Cette attitude est significative : le christianisme ne cherche pas à assurer son succès en absorbant indistinctement les croyances populaires, mais exige leur abandon lorsqu’elles lui paraissent incompatibles avec la vérité.

  • Évêque d’Arles pendant quarante ans, il vit en moine tout en assumant une charge épiscopale considérable, pratique une charité constante et défend pauvres, captifs et populations fragilisées. Césaire d’Arles vend par exemple sa vaisselle personnelle, les vases et les ornements sacrés pour soulager la misère des pauvres gens.

  • Césaire d’Arles a réuni le concile d’Orange II, en 529, pour mettre fin à la querelle du semi-pélagianisme sur le rôle de la grâce et du libre arbitre dans le salut. L’enjeu est profondément anthropologique : l’homme ne se sauve pas par ses seules forces, mais la grâce divine n’abolit pas sa liberté. L’Église manifeste ici sa capacité à tenir ensemble deux vérités qui en réalité ne s’opposent pas : la primauté absolue de Dieu et la liberté réelle de l’homme. Ce concile est considéré comme quasi œcuménique. Il reste la référence en la matière et est cité par le magistère de l’Église.

  • Il est l’auteur de la première règle monastique féminine, qui a été reprise dans d’autres monastères ou a inspiré d’autres règles féminines. À sa mort, le monastère fondé à Arles compte plus de deux cents religieuses ; sa règle protège fortement leur stabilité et leur autonomie. Dans une société où l’avenir féminin dépend largement du mariage, proposer à des femmes une vocation spirituelle et communautaire autre constitue un développement remarquable.

  • Bien qu’il ait été faussement dénoncé à plusieurs reprises auprès des rois qui lui étaient opposés, ceux-ci reconnurent vite son intégrité. Le roi Théodoric le Grand, roi ostrogoth et arien, le reçoit même avec respect et vénération. Sa sainteté est donc suffisamment visible dans ses actes pour être reconnue, même par ceux qui ne partagent pas sa foi.

  • Césaire vit au moment où l’autorité politique de l’Empire romain d’Occident disparaît et où Goths, Burgondes et Francs se partagent la Gaule. Au milieu de ces bouleversements, l’Église demeure : elle enseigne, secourt les pauvres, rachète les captifs, réunit des conciles, transmet des textes et rassemble des populations diverses. La vie de Césaire montre la remarquable capacité du christianisme à traverser l’effondrement d’un ordre politique sans disparaître avec lui.

  • Césaire témoigne de la permanence, au VIe siècle, de la pratique apostolique de l’onction des malades, explicitement attestée dans l’épître de saint Jacques. Il exhorte les chrétiens malades à recevoir l’huile bénite par l’Église plutôt qu’à recourir aux magiciens, devins ou amulettes… L’enjeu dépasse la seule guérison du corps : l’onction vise également la guérison spirituelle du malade et son salut éternel.

  • Il contribue au rayonnement du culte des saints dans son Église. Leur grandeur ne tient ni à une puissance magique ni à leur domination, mais à leur fidélité au Christ. Le déplacement par rapport au paganisme est significatif : le christianisme ne divinise pas ses héros ; les saints ne possèdent aucun pouvoir indépendant de Dieu et leur vénération doit conduire à l’imitation de leurs vertus.


En savoir plus

La personnalité de Césaire d’Arles est redécouverte de nos jours, en bonne partie grâce à la publication des Sermons au peuple réalisée par Marie-José Delage, en trois volumes, dans la collection « Sources chrétiennes », de 1971 à 1986. Depuis lors, les études se multiplient, non seulement dans le monde anglo-saxon, mais dans nombre d’autres pays, par exemple la Russie, la Pologne, le Brésil… L’intégralité des œuvres de l’auteur est en cours de publication, en France dans la même collection, et leur traduction est en cours dans plusieurs langues.

La redécouverte de son œuvre révèle ainsi peu à peu l’étendue de son influence sur le christianisme occidental. De la vie spirituelle des fidèles à la liturgie, de la prédication à l’organisation ecclésiastique, nombre de pratiques et d’institutions portent durablement son empreinte.

Césaire d’Arles réglemente la célébration liturgique pour en assurer l’unité, et structure aussi l’office monastique.

Nous devons aussi à l’Arlésien la prière pour le pape, le Kyrie et le Sanctus à la messe, l’interdiction du travail le dimanche et le caractère obligatoire de la messe dominicale. Il est aussi l’auteur des premières listes cohérentes et détaillées des péchés.

Il a précisé la notion de dîme et l’obligation de la verser.

Dans ses sermons, il insiste sur l’importance que les fidèles laïcs assistent à la messe et y restent pendant toute la célébration. Rentrés chez eux, les laïcs doivent « ruminer » ce qu’ils ont entendu à l’église. Bien plus, ils doivent lire eux-mêmes ou se faire lire, s’ils sont illettrés, des passages des textes sacrés, afin de se pénétrer de la foi catholique. En outre, il les amène à chanter, en chœurs alternés, en grec ou en latin, selon les possibilités de chacun.

Au concile de Vaison II, en 529, Césaire d’Arles autorise les prêtres à prêcher, fonction qui était, jusque-là, réservée à l’évêque. Mais l’expansion du christianisme dans les campagnes ne permettait plus à celui-ci d’assurer convenablement cette charge.

Césaire d’Arles est aussi à l’origine des églises rurales, après avoir demandé, dans ce même concile de Vaison II, que les évêques créent auprès de leur évêché une école pour former des jeunes en vue du sacerdoce, si telle est leur vocation.

L’évêque d’Arles a été un ardent défenseur de l’union au siège de Rome. Le pape en a fait son vicaire pour la Gaule et pour l’Espagne, lui attribuant le pallium, lui conférant ainsi l’autorité sur les autres évêques et le pouvoir de convoquer des conciles. Il a également confirmé la primatie du siège d’Arles sur celui de Vienne.

S’agissant du jugement particulier, qui intervient au moment de la mort, l’Arlésien est le premier à mettre en scène le diable comme adversaire dans un jugement sous forme de procès, tandis que la miséricorde céleste apparaît comme l’avocat.

Les quelques points évoqués ci-dessus dans leurs grandes lignes montrent l’importance de l’Arlésien pour la vie de l’Église et l’immense richesse de ses apports, encore juste entraperçus pour certains. Par exemple, l’influence de Césaire d’Arles dans la rédaction des homéliaires et des pénitentiels reste à étudier. Nous avons esquissé sa présence dans la réforme carolingienne et dans les collections canoniques. La totalité des canons du seul concile d’Agde, présidé par Césaire d’Arles en 506, ont fait l’objet de plus de six cents reprises.

La bibliographie de Césaire d’Arles que nous avons élaborée dépasse les 6 000 titres !

Mgr Dominique Le Tourneau, incardiné dans la prélature de l’Opus Dei, canoniste, auteur de 40 ouvrages et de plus de 200 articles, est spécialiste de Jeanne d’Arc et a publié de nombreux travaux sur saint Césaire d’Arles, fruit de ses recherches dans des domaines jusqu’alors inexplorés.


Au delà

Le musée de l’Arles antique conserve deux exemplaires d’un pallium en laine ayant appartenu à Césaire d’Arles. Ce sont les premiers connus de l’Occident chrétien. S’y trouvent également trois sandales en cuir, une tunique funéraire, une ceinture en cuir et sa boucle en ivoire sculpté. Ces tissus liturgiques sont les plus anciens conservés en France.


Aller plus loin

Pour approfondir, outre les nombreuses publications scientifiques qui portent directement ou partiellement sur Césaire d’Arles et son œuvre, l’on peut voir les volumes en cours de publication : Guy-Jean Abel (dir.), Césaire d’Arles et les cinq continents. Caesarius of Arles and the Five Continents, Venelles, Association Aux Sources de la Provence.


En complément

  • Il n’existe pas de biographie récente de saint Césaire d’Arles. De ce qui a été dit précédemment, il découle que celles qui existent pèchent par défaut. Nous disposons cependant d’un document précieux : la Vie de Césaire écrite par son disciple et ami saint Cyprien de Toulon et trois autres clercs, qui nous éclaire sur les principaux événements de son existence.

  • Antoine Barlier, Prier quinze jours avec saint Césaire, Paris, Nouvelle Cité, 2020.

  • Abbé Jules-Adrien Joyeux, La Sainte église d’Aix et d’Arles. Nos saints. La Merveilleuse vie de saint Césaire d’Arles, Aix-en-Provence, Imprimerie Makaire, 1942.

  • Paul Lejay, Le Rôle théologique de Césaire d’Arles : étude sur l’histoire du dogme chrétien en Occident au temps des royaumes barbares, Paris, Alphonse-Picard et Fils, 1906 ; Classic Reprints Series. Forgotten Books, 2020.

  • Arthur Manory, Saint Césaire, évêque d’Arles : 503-543, Bibliothèque de l’École des Hautes Études. Sciences philologiques et historiques 103, Paris, Librairie Émile Bouillon éditeur, 1894 ( disponible sur Gallica ).

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