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© CC BY-SA 4.0/Aniskov
Les apparitions et interventions mariales
Ukraine
Nº 974
1651

Notre-Dame de Potchaiev met l’armée ottomane en fuite

Sanctuaire vénéré aussi bien des orthodoxes que des catholiques, la basilique de Notre-Dame de Potchaiev, située dans l’ouest de l’Ukraine, est célèbre pour l’antique icône miraculeuse de la Théotokos qu’elle abrite et pour la source non moins miraculeuse où les pèlerins vont boire pour obtenir leur guérison. Cependant, c’est le 5 août 1651 (23 juillet selon le calendrier julien orthodoxe) que survint l’apparition qui fait encore sa gloire, sauvant le monastère et mettant une immense armée musulmane en déroute.


Les raisons d'y croire

  • En 1240 disent les uns, 1340 disent les autres, deux ermites s’installent à Potchaiev aux limites ouest de l’empire russe afin d’y vivre dans la solitude et la prière. Un soir, ils s’étonnent de l’immense clarté qui baigne la colline en face de leur ermitage. Ils vont voir et ont alors la vision de la Vierge Marie rayonnant au cœur de ce qui semble le buisson ardent dans lequel Dieu se révéla à Moïse. Un berger du voisinage qui les a suivis est également témoin du phénomène. Tous trois voient distinctement Marie bénir leurs pauvres cabanes. Pour preuve de son passage, la Vierge laisse, bien distincte, l’empreinte de son pied droit incrustée dans le rocher sur lequel elle s’est tenue.

  • Il pourrait certes s’agir d’une simple curiosité géologique sans signification mais l’on va très vite constater que, même par forte chaleur et en période de sècheresse, le creux marqué dans la roche est toujours empli d’une eau très pure qui ne tarit jamais et sourd d’une source insoupçonnée dont les pouvoirs thaumaturgiques n’ont jamais cessé depuis, et qui a provoqué des milliers de guérisons, de nos jours encore, et cela quels que soient les occupants du sanctuaire, orthodoxes ou uniates.

  • La réputation du monastère, qui n’a cessé de croître, est déjà grande lorsque, en 1597, l’aristocrate propriétaire des terres du monastère, Anna Groskaia (Hojska en ukrainien), fait don aux moines de ses propriétés et d’une icône grecque de la Mère de Dieu pour remercier de la guérison inespérée de son frère.

  • L’origine de l’icône est bien établie. Elle a été rapportée de Constantinople en 1559 par un pèlerin bulgare, l’évêque Néophyte, qui en fait cadeau à Anna afin de la remercier de l’hospitalité qu’elle lui avait généreusement accordée. La jeune femme a pris l’habitude de prier chaque jour devant la sainte image et de lui demander la guérison de son frère Philippe, né aveugle et boiteux.

  • Des témoins nombreux affirment que l‘image irradie par moment une clarté céleste, rumeur qui ne peut plus être mise en doute lorsque Philippe, aveugle de naissance, recouvre soudain la vue devant l’icône. Offerte au monastère et proposée à la vénération des fidèles, l’icône accomplit de nombreux miracles qui contribuent à la célébrité de l’endroit. L’humble monastère devient l’un des premiers lieux de pèlerinage du monde slave.

  • Le revers de cette célébrité est que la gloire et la richesse de Potchaiev attirent les convoitises et d’abord celles des tribus tartares survivantes du temps de la Horde d’or encore nombreuses dans la région. Profitant de troubles en Russie, ces tribus musulmanes s’allient à leurs coreligionnaires turcs, qui occupent la Crimée, et en juillet 1675, rassemblent une vaste armée qui marche vers Potchaiev. Pour splendide qu’elle soit, la laure est entièrement construite en bois et incapable de résister aux assauts ennemis. Seul un miracle pourrait encore sauver le sanctuaire, les moines et ceux qui y ont trouvé refuge.

  • Le 23 juillet, l’higoumène, voyant l’ennemi prêt à attaquer fait entonner le cantique acathiste , très long hymne byzantin dont le chant, qui dure des heures, doit se faire debout, d’où son nom (sans s’asseoir en grec), composé au VIe siècle pour remercier Notre-Dame des Blachernes d’avoir sauvé Constantinople d’une attaque avar.

  • Les sources contemporaines affirment qu’au-dessus de Potchaïev, il y eut alors une apparition de la Vierge Marie, accompagnée de saint Job de Potchaïev, ancien higoumène du monastère mort en 1651. Selon les chroniques monastiques, la Vierge étend son manteau sur le monastère en signe de protection. Cette vision est rapidement transmise par la tradition orthodoxe et devient l'élément central de la mémoire du siège.

  • Les archers ottomans tirèrent en direction de cette apparition mais leurs flèches retombèrent sur leurs propres rangs bien que le vent ne soufflait pas dans ce sens et que rien ne puisse expliquer le phénomène, ce qui provoqua un mouvement de panique.

  • Quelles qu'en aient été les causes, les sources historiques, aussi bien les chroniques du monastère que les sources ottomanes s'accordent sur un point : le siège fut brusquement levé et les troupes se retirèrent sans s'emparer du monastère.

  • De nombreux blessés turcs et tartares, convaincus de la vérité de la foi chrétienne, abjurent alors l’Islam et demandent le baptême.

  • De passage à Constantinople des décennies plus tard, l’higoumène de Potchaiev s’entendra demander officiellement par les autorités turques si « sa déesse est toujours vivante » car beaucoup de gens se souviennent du désastre qu’elle a provoqué et du nombre de familles endeuillées après l’assaut mené contre le monastère. À quoi l’abbé répond : « La sainte Mère du divin enfant est bien vivante et le sera toujours car elle est immortelle. » La menace musulmane est définitivement écartée.


En savoir plus

Si Notre-Dame a sauvé son monastère, étendant sur lui sa protection de manière visible, comme elle le fit en d’autres lieux jusqu’à l’époque moderne, l’histoire de Potchaiev n’est cependant pas un long fleuve tranquille.

À la mort d’Anna Gouskaia, décédée sans enfants, ses biens passent à l’un de ses neveux qui, converti au protestantisme, abhorre la dévotion mariale qu’elle soit catholique ou orthodoxe. Il va contester les donations de sa tante et s’emparer de l’icône miraculeuse qu’il rapporte chez lui pour mieux la profaner. En 1644, son épouse, aussi enragée que lui, s’habille en prêtre et se livre publiquement à une parodie sacrilège de procession en brandissant l’icône. Abasourdis, les participants voient alors cette femme soudain prise de ce qui semble une attaque démoniaque de possession se rouler par terre en proie à des souffrances indicibles qui cesseront instantanément quand le couple rependant restituera la sainte image aux moines.

En 1720, les Uniates s’emparent du sanctuaire qui, incendié, est remplacé par la basilique de la Dormition de Notre-Dame. Devenue catholique, Notre-Dame de Potchaiev ne cesse pas ses miracles pour si peu et elle les continuera quand le monastère reviendra à l’orthodoxie au XIXe siècle alors même que les Uniates affirment avoir emporté l’icône miraculeuse dans un couvent dominicain en Pologne. Manifestement au-dessus des querelles de chapelles ou politiques, œcuménique, Notre-Dame de Potchaiv, qu’on la vénère le 23 juillet ou le 8 septembre demeure un signe d’unité du monde slave et de réconciliation des églises séparées.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Ambroise Lotozky, La Laure de Potchaïev (Pochaevskaïa Lavra), Pochaïev, Imprimerie de la Laure, début du XXᵉ siècle (plusieurs éditions en russe). Cet ouvrage, rédigé par un moine de la Laure de Potchaïev, retrace l'histoire du monastère depuis sa fondation. Il s'appuie largement sur les archives monastiques, les chroniques anciennes et les traditions liturgiques


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