Father Stu, le boxeur devenu prêtre
Stuart Long grandit dans le Montana, loin de la foi, avec un caractère entier et un goût marqué pour les sports de combat. Boxeur prometteur, il remporte les Golden Gloves du Montana avant qu’une grave blessure à la mâchoire ne mette fin à ses espoirs sportifs. Un soir, en 1992, un accident de moto d’une violence extrême le laisse au seuil de la mort et réveille en lui une interrogation qu’il n’avait jamais vraiment prise au sérieux : Dieu l’a-t-il gardé en vie pour quelque chose ? Entré dans l’Église par le catéchuménat, il reçoit le baptême en 1994 et comprend alors qu’il est appelé à devenir prêtre.
Les raisons d'y croire
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Stuart Long ne vient pas à la foi par habitude familiale ni par tempérament religieux. Sa jeunesse est celle d’un homme entier, physique, volontiers provocateur, qui cherche sa place dans la force, le sport, la boxe, puis le cinéma. Il croit surtout à ce qu’il peut conquérir par lui-même. Rien, dans ce point de départ, ne nous laisse imaginer un prêtre malade, pauvre, obéissant, attaché aux sacrements et donné aux autres.
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Les grandes étapes de la vie de Stuart Long dessinent un enchaînement des plus singuliers : un accident qui l’ouvre à la recherche de Dieu, un baptême qui fait naître l’appel sacerdotal, une maladie qui devrait le condamner à devenir insupportable, puis une ordination que rien ne laissait présager. Pris isolément, chacun de ces faits peut s’expliquer naturellement ; mais, ensemble, ils forment une trajectoire si improbable qu’on peut y discerner l’action discrète et pédagogique de Dieu, qui conduit cette âme pas à pas.
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Après qu’elle est allée se confesser, Stuart voit sa compagne catholique transformée : elle lui paraît apaisée. Ce qu’il remarque chez elle l’intrigue assez pour le pousser vers l’Église. Il accepte alors d’entrer dans le catéchuménat, d’abord parce qu’il veut l’épouser. Ce premier pas, encore mêlé de raisons humaines, l’ouvre peu à peu à une grâce qui va le dépasser.
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Au moment du baptême, tout bascule plus loin qu’il ne l’avait prévu. Stuart, qui voulait se marier, comprend intérieurement qu’il doit devenir prêtre. Il ne l’a pas cherché, et cette perspective le dérange. Un prêtre lui conseille d’attendre avant de se lancer, pour laisser retomber une possible émotion passagère. Mais l’appel demeure. Cette persistance, à contre-courant de ses projets, donne à sa vocation une densité particulière.
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Il ne devient pas prêtre sur un coup de tête. Pendant plusieurs années, il discerne, travaille, enseigne la religion, entraîne des jeunes, se forme, sert les pauvres, rejoint la Légion de Marie, renonce peu à peu à ses biens. L’intuition reçue au baptême est éprouvée par le temps, l’obéissance et le service.
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La grâce ne rend pas Stuart méconnaissable : elle lui permet d’assumer ce qu’il est. Son passé de boxeur devient une force dans son sacerdoce. Sa franchise rude touche les fidèles. Son tempérament combatif, autrefois marqué par l’orgueil, le rend héroïque dans l’exercice de la charité. En effet, la grâce donnée par Dieu ne détruit pas la nature de l’homme, elle l’élève.
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La maladie atteint précisément le lieu de son ancienne fierté : le corps. La myosite à inclusions le prive progressivement de ses forces, de sa mobilité et de son autonomie. Au moment où il s’approche du sacerdoce, tout semble humainement se refermer devant lui. Étant donné sa santé, le séminaire exprime de sérieuses réserves, et son ordination est loin d’être acquise. L’évêque choisit finalement de l’ordonner. Ce choix exprime quelque chose de profondément catholique : le prêtre n’est pas d’abord un homme performant, mais un homme configuré au Christ.
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C’est dans cette pauvreté que son ministère devient le plus fécond. À mesure qu’il ne peut plus se déplacer, les gens viennent à lui. Au Big Sky Care Center, sa chambre devient un lieu d’écoute, de confession, de consolation et de conseil. Lorsque ses bras ne peuvent plus élever seuls l’hostie et le calice, d’autres les soutiennent. La scène n’a pas besoin d’être romancée pour bouleverser : un homme presque immobilisé continue d’offrir l’eucharistie, et sa faiblesse devient un passage pour la grâce. « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » ( 2 Co 12,9 ).
En savoir plus
Stuart Ignatius Long naît le 26 juillet 1963 à Seattle, puis grandit à Helena, dans le Montana. C’est un garçon robuste, énergique, attiré par les grands espaces, le sport et les défis physiques. Au lycée, puis au Carroll College, il s’impose par la lutte et le football. La boxe lui correspond encore davantage : sur le ring, il trouve un lieu où son tempérament entier peut s’exprimer. En 1985, il remporte les Golden Gloves du Montana dans la catégorie poids lourds. L’année suivante, une grave blessure à la mâchoire met fin à ses ambitions de boxeur professionnel.
Sur le conseil de sa mère, Stuart part alors à Los Angeles pour tenter sa chance comme acteur. Il obtient quelques petits rôles, des publicités, des emplois dans les clubs de nuit, puis finit par travailler au Norton Simon Museum de Pasadena, où il prend des responsabilités importantes. Il dirige une équipe, apprend à tenir un cadre, à parler aux gens, à gérer les tensions. Durant cette période, sa vie est encore loin de ressembler à une vie chrétienne, mais elle forme déjà chez lui des qualités humaines qui serviront plus tard : l’autorité, le contact direct, le sens des personnes.
Le tournant vient en 1992. Un soir, alors qu’il rentre du musée à moto, Stuart est percuté par une voiture, projeté sur la chaussée, puis écrasé par un autre véhicule. Il arrive à l’hôpital dans un état critique. Plus tard, il parlera d’expériences religieuses vécues pendant cette période, avec la sensation d’être détaché de son corps et plongé dans une paix profonde. Stuart sort de cette épreuve changé. Sa survie devient pour lui une question existentielle : pourquoi est-il encore vivant ?
Son rapprochement avec l’Église passe par une femme catholique qu’il aime et qu’il souhaite épouser. Après que celle-ci s’est confessée, il la voit autrement : apaisée, transformée, comme si quelque chose en elle était revenu à la lumière. Ce détail le marque. Il accepte alors d’entrer dans le parcours d’initiation chrétienne des adultes à la paroisse Holy Angels, à Arcadia. Au départ, son chemin est mêlé de raisons humaines. Peu à peu, la foi cesse d’être pour lui une condition extérieure au mariage et devient une rencontre personnelle.
En 1994, il reçoit le baptême. C’est là que surgit, de façon inattendue, l’appel au sacerdoce. Stuart dira qu’au moment où l’eau est versée sur sa tête, il sait qu’il doit devenir prêtre. Il poursuit ses études de philosophie à l’université franciscaine de Steubenville, puis entre au séminaire de Mount Angel pour le diocèse de Helena. Ceux qui l’ont connu au séminaire décrivent un homme rude, mais drôle et généreux. Il garde son franc-parler, mais sa force se met au service d’une autre quête.
C’est au moment où son ordination approche que la maladie apparaît. Après l’ablation d’une tumeur à la hanche, les médecins diagnostiquent une myosite à inclusions – maladie musculaire dégénérative, progressive, sans traitement capable de l’arrêter. Stuart perd ses forces, tombe, doit marcher avec des béquilles. Le séminaire reconsidère sérieusement son ordination : le ministère sacerdotal demande une résistance physique réelle. L’évêque George Thomas prie longuement. Il finit par décider de l’ordonner, convaincu que la souffrance de Stuart fera partie de son sacerdoce. Le 14 décembre 2007, Stuart Long est ordonné prêtre à la cathédrale de Helena. Il se présente alors comme « un homme brisé ».
Son ministère commence dans des paroisses du Montana. Très vite, son corps se dérobe. Il passe des béquilles au fauteuil, puis dépend de plus en plus des autres pour les gestes ordinaires. À la messe, quand ses bras ne peuvent plus élever l’hostie et le calice, des servants ou des prêtres soutiennent ses poignets.
En 2010, il est installé au Big Sky Care Center, à Helena. Sa chambre devient un lieu de grâce. Son père Bill, longtemps éloigné de la foi, s’installe auprès de lui pour l’aider au quotidien et finira lui-même marqué par ce témoignage. Father Stu meurt le 9 juin 2014, à cinquante ans. Les dernières années de sa vie n’ont presque plus rien d’une réussite visible. Elles portent pourtant les fruits du Crucifié : autour de ce prêtre presque immobile, des personnes retrouvent le goût de prier, le courage de se confesser, la paix de l’âme et l’amour de Dieu.
Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.
Aller plus loin
Le film sur le père Stu, réalisé par Rosalind Ross : Father Stu : un héros pas comme les autres, long métrage, Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing, États-Unis, 2022, 124 min. Avec Mark Wahlberg, Mel Gibson, Jacki Weaver et Teresa Ruiz. La bande annonce est disponible en ligne .
En complément
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Bart Tolleson, That Was Father Stu : A Memoir of My Priestly Brother and Friend, Ignatius Press, San Francisco, 2023, 240 p. Mémoire écrit par un ami proche de Stuart Long, prêtre du même diocèse. Disponible sur Amazone .
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L’article d’Aleteia , de Jean Duchesne : « " Father Stu " à la rescousse », 26 avril 2022.