Saint Barthélemy, une rencontre avec le Fils de Dieu
Saint Barthélemy, appelé aussi Nathanaël, est l’un des douze apôtres choisis par le Christ pour porter sa parole à toutes les nations. Nous savons peu de choses de sa vie. « Nathanaël » signifie en araméen, la langue du Christ : « Dieu a donné. » Originaire de Cana (cf. Jn 21,2 ), il a peut-être été témoin de la transformation de l’eau en vin lors des noces célébrées en ce lieu, que rapporte saint Jean ( Jn 2,1-11 ). Après sa rencontre décisive avec Jésus, qu’il reconnaît comme « le Fils de Dieu », il lui consacre toute sa vie et part annoncer l’Évangile dans des contrées lointaines. Selon la Tradition, il meurt martyr, probablement en Arménie, nation qui revendique pour cette raison son patronage céleste.
Les raisons d'y croire
-
Les évangélistes saint Marc ( Mc 3,16-18 ), saint Matthieu ( Mt 10,2-3 ) et saint Luc ( Lc 6,13-14 ) énumèrent les douze apôtres qui ont accompagné le Christ au cours des trois années de sa vie publique. Tous trois mentionnent, en sixième position, un homme nommé Barthélemy.
-
Les Actes des Apôtres sont la chronique des actions des apôtres, qui commence après que le Christ les a quittés le jour de l’Ascension pour remonter auprès de son Père. Saint Luc rapporte que, rentrés à Jérusalem après le départ du Christ pour le Ciel, les apôtres se réunissent au cénacle pour prier : « Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’étaient Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques » ( Ac 1,13 ). Ces témoignages datent du premier siècle, peu après la mort du Christ, alors que nombre de ses contemporains sont encore vivants et peuvent aisément démentir un récit erroné. La multiplicité et la concordance de ces témoignages établissent donc sans doute possible l’existence de l’apôtre Barthélemy.
-
Le nom de Barthélemy figure au canon de la messe, dans la première liste des apôtres, après le Memento des vivants : « Unis dans une même communion, nous vénérons d’abord la mémoire de la glorieuse Marie toujours vierge, mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, puis celle... de vos bienheureux apôtres et martyrs... Barthélemy... » Le canon a été composé à partir des traditions antiques, vers le IVe siècle.
-
La Tradition identifie l’apôtre Barthélemy à Nathanaël, dont saint Jean rapporte la rencontre avec le Christ. Or Nathanaël ne se montre d’abord ni crédule ni enthousiaste. Lorsque Philippe lui annonce avoir trouvé en Jésus de Nazareth celui dont parlent Moïse et les prophètes, il lui répond : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe l’invite simplement à juger par lui-même : « Viens et vois. » Mais lorsque Jésus lui révèle qu’il l’a vu « sous le figuier », faisant ainsi allusion à un événement que Nathanaël croyait secret, ses préventions tombent. Il s’exclame alors : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël. » Le passage d’une réaction spontanément sceptique à une profession de foi aussi nette donne un poids particulier à son témoignage : Nathanaël ne croit pas par crédulité, mais à la suite de sa rencontre personnelle avec le Christ.
-
À partir de cette rencontre, Barthélemy donnera toute sa vie au Christ. Il quittera son pays pour porter l’Évangile jusque dans des contrées lointaines et ira jusqu’à donner sa vie par le martyre.
-
L’évêque Eusèbe de Césarée (né vers 265 et mort en 339) rédige l’Histoire ecclésiastique à partir d’une abondante documentation. Il y rapporte qu’un philosophe alexandrin issu de l’École des stoïciens, du nom de Pantène, homme savant et versé dans l’enseignement de la sainte Écriture, s’est rendu aux Indes afin d’y annoncer le salut apporté par la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Or, arrivé sur place, il découvre que l’apôtre Barthélemy l’y avait devancé.
-
Eusèbe écrit en effet, au sujet de Pantène : « Il y avait encore, à cette époque [vers l’an 180], de nombreux évangélistes de la parole, qui avaient à cœur d’apporter un zèle divin à imiter les apôtres pour étendre et fonder la divine doctrine. Pantène fut lui aussi l’un d’eux, et l’on raconte qu’il alla jusqu’aux Indes, où il trouva à son arrivée l’Évangile de Matthieu, auprès d’un certain nombre de gens de ce pays, qui connaissaient le Christ. Barthélémy, un des apôtres, les avait évangélisés et leur avait laissé le texte hébreu de l’écrit de Matthieu ; ils l’avaient conservé jusqu’à ce temps » (op. cit., V, 10, 3). Ce témoignage ancien conserve ainsi la mémoire d’une prédication de Barthélemy bien au-delà de la Judée et montre que la mission confiée par le Christ aux apôtres s’est effectivement prolongée après sa Résurrection.
En savoir plus
Barthélemy est le nom du sixième apôtre, mais c’est aussi clairement un patronyme : bar signifie « fils de ». Bar Talmay, c’est-à-dire « le fils de Talmay », désigne probablement un descendant d’une famille araméenne.
Dans son Évangile, l’apôtre saint Jean décrit très simplement la vocation des premiers disciples appelés par Jésus-Christ : tous sont profondément touchés par le Christ et répondent positivement à son invitation à le suivre durant sa vie publique. Jean (c’est-à-dire lui-même) et André d’abord, puis Pierre, puis Philippe ( Jn 1,35-44 ). Saint Jean rapporte ensuite la rencontre de Nathanaël et de l’apôtre Philippe : « Philippe trouve Nathanaël et lui dit : " Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth." »
Nathanaël lui répond péremptoirement : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe l’engage simplement à venir rencontrer Jésus et à juger par lui-même : « Viens et vois », lui dit-il. Nathanaël décide donc d’aller au-devant de Jésus-Christ. Le Christ l’accueille par ces mots : « Voici un vrai Israélite : il n’y a pas de ruse en lui. » Nathanaël, qui ne se laisse pas gagner par ce qu’il interprète peut-être comme une flatterie mondaine, rétorque : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui révèle alors qu’il l’a vu sous le figuier peu de temps auparavant, faisant ainsi allusion à quelque chose que Nathanaël croit secret et qui l’a atteint au plus profond du cœur.
Nathanaël s’exclame aussitôt : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël. » Jésus lui répond : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! » Puis il lui annonce : « Tu verras des choses plus grandes encore. » L’appel tacite du Christ à le suivre est donc accepté. Ainsi se clôt l’entretien tel qu’il est rapporté par saint Jean.
On peut en inférer sans grand risque d’erreur que Nathanaël fait désormais partie du groupe des disciples qui chemineront avec Jésus-Christ. Plus loin dans son Évangile, après la résurrection du Christ, saint Jean le cite en compagnie des apôtres Pierre, Thomas, Jacques le Majeur et Jean, les fils de Zébédée, ainsi que de « deux autres de ses disciples » ( Jn 21,2 ). Le Christ ressuscité se manifeste à eux. Comme nous l’avons vu, plusieurs indices conduisent la Tradition à identifier ce Nathanaël avec l’apôtre Barthélemy. Le plus significatif est la place de Philippe : c’est lui qui conduit Nathanaël au Christ dans l’Évangile de Jean, tandis que les listes des apôtres données par les Évangiles synoptiques associent régulièrement Philippe et Barthélemy. Cette identification ancienne explique pourquoi les deux noms désignent traditionnellement le même homme.
Après la Pentecôte, Barthélemy part annoncer l’Évangile. Les traditions anciennes concernant sa prédication, évoquées plus haut à travers le témoignage d’Eusèbe de Césarée, prolongent ainsi le portrait évangélique du disciple : celui qui avait été conduit au Christ par Philippe devient à son tour témoin du Christ auprès d’autres peuples. La tradition arménienne considère l’apôtre Barthélemy, avec l’apôtre Jude, comme l’un des fondateurs de son Église. C’est également en Arménie que Barthélemy serait mort martyr, après avoir consacré sa vie à l’annonce de l’Évangile.
En l’an 983, l’empereur allemand Otton III transfère à Rome les reliques de saint Barthélemy, dans l’église qui lui est consacrée sur l’île Tibérine, où l’on peut toujours aujourd’hui les vénérer.
Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.
Aller plus loin
Mauricette Vial-Andru, Saint Barthélemy, l´Apôtre des Arméniens, Cabestany, éditions Saint-Jude, coll. « La bonne nouvelle », 2019.
En complément