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Une vague de charité unique au monde
Italie
Nº 917
1831 – 1900

Le malheur de Rosa Gattorno devient fécond

À vingt-deux ans, en 1852, Anna Rosa Gattorno, héritière d’une riche et puissante famille d’armateurs génois, épouse un jeune homme de son milieu qu’elle aime. Tout leur sourit. Quelques brèves années suffiront pourtant pour transformer le conte de fées en cauchemar : ruine financière, maladie grave de sa fille aînée, qui survit mais reste sourde-muette, puis lente agonie et décès de son mari, et finalement mort de son dernier-né. À vingt-huit ans, la signora Custo est seule, sans argent, en charge de deux enfants, dont l’une est lourdement handicapée. N’importe qui, à sa place, se révolterait contre l’injustice de son sort. Pourtant, au lieu de se plaindre, Anna Rosa se jette dans les bras de Dieu et décide de consacrer sa vie à soulager les malheurs des autres, et non à se plaindre des siens.


Les raisons d'y croire

  • Anna Rosa reçoit une éducation privilégiée qui ne la prépare pas à affronter les difficultés de la vie, mais plutôt à en profiter. Cependant, la vive piété de ses parents lui enseigne les vrais biens et le sens des réalités éternelles. Il y a loin, toutefois, entre une éducation chrétienne et la mise en application parfaite et sans retour des principes reçus. Toute la vie d’Anna Rosa démontrera qu’elle s’est véritablement imprégnée de l’Évangile et des préceptes chrétiens.

  • S’occuper du prochain et de ses malheurs quand on est soi-même en proie à des drames et des difficultés incessants demande une abnégation et une générosité peu communes. Anna Rosa expliquera qu’elle a tout supporté et sublimé dans un abandon total à la Providence et dans un amour de plus en plus grand du Christ. Cet amour prend peu à peu toute la place dans son cœur et son âme, et rejaillit pour les pauvres, parce qu’elle voit le Christ en eux et qu’elle aspire à le servir.

  • En 1858, elle s’engage secrètement par des vœux privés de chasteté et d’obéissance, auxquels elle ajoutera en 1861 celui de pauvreté. Au regard de son parcours personnel et des souffrances traversées, ce choix libre et radical, posé dans une grande discrétion, donne à ses engagements le poids d’un témoignage : loin d’un simple conformisme religieux, ils expriment une adhésion intérieure profonde au message chrétien.

  • Rien ne semble la prédisposer à une vie religieuse et mystique exceptionnelle. Jeune fille, elle n’avait nullement envisagé d’entrer au couvent. Mais, en 1862, c’est le couronnement d’une vie mystique que ses proches ne soupçonnent pas, hormis son confesseur : elle reçoit les stigmates invisibles qui lui feront revivre tous les vendredis jusqu’à sa mort les souffrances de la Passion. Elle garde le silence sur tout cela, preuve qu’elle n’agit pas pour se faire remarquer.

  • En 1864, alors qu’elle prie devant son crucifix, elle reçoit avec certitude l’appel à fonder un ordre religieux nouveau qui se vouera au soulagement des misères du temps. Anna Rosa est consternée car elle ne se sent pas faite pour cette mission et parce que cela l’obligerait, en choisissant la vie religieuse, à laisser derrière elle ses parents âgés et ses enfants. Elle espère que Dieu détournera d’elle ce projet, ce qui démontre qu’elle ne se l’est pas inventé.

  • Par prudence, elle se confie à l’archevêque de Gênes et à l’avis du pape Pie IX. Au fond d’elle, elle espère qu’ils refuseront l’idée de créer un nouvel institut religieux et lui rappelleront ses devoirs de mère. Anna Rosa ne cherche donc ni la gloire ni la célébrité. Si l’évêque la freine – et elle en est soulagée –, elle est horrifiée quand le pape l’encourage à poursuivre l’œuvre envisagée malgré ses obligations familiales.

  • Pie IX lui parle des « œuvres de Dieu » et lui prédit, ce qui semble absurde, que sa fondation prendra son envol comme une colombe à travers le monde entier. Ce sera le cas. À sa mort, en 1900, les Filles de Sainte-Anne, mère de l’Immaculée, possèdent 368 maisons en Europe et en Amérique du Sud, et comptent 3 500 religieuses. Quoique désolée, Anna Rosa va se soumettre, ce qui réclame une vertu d’obéissance totale. Sa soumission à la volonté de Dieu est absolue et sans retour.

  • Dès lors, bien que le projet primitif ait été une œuvre de soins aux malades, Anna Rosa prend pour seule ligne de conduite de ne refuser son aide et son secours à personne, accueillant toutes les détresses, malgré son manque de moyens, dans le seul but de faire aimer le Christ à tous en donnant l’exemple de la vraie charité chrétienne. L’extravagant est qu’elle trouve toujours de quoi faire face aux obligations que réclament ces œuvres.


En savoir plus

Il ne faut que quelques mois pour que Girolamo Custo, qui s’est installé à Marseille, ruine sa famille dans des affaires maladroites, qu’il ne parvient pas à redresser. Sans argent, il rentre en Italie avec son épouse et leurs trois enfants, mais rien ne s’arrange, au contraire. Aux difficultés financières s’ajoute d’abord la grave maladie de leur fille aînée, Carlotta, qui survit, mais avec des séquelles qui la laissent sourde-muette, entièrement dépendante de ses parents. Puis Girolamo tombe malade, et sa longue agonie de deux années achève de les ruiner. À la mort de son mari, le 9 mars 1858, Anna Rosa n’a plus un sou et elle doit encore faire face à la mort soudaine, au berceau, de son dernier-né. Depuis longtemps déjà, elle médite sur le sens de la souffrance, sur ses mérites et sur les biens éternels. Elle décide dès lors de se vouer aux œuvres de charité, animant divers bureaux de bienfaisance, visitant les pauvres à domicile et les malades à l’hôpital. Sa vie mystique s’intensifie jusqu’à lui mériter les stigmates invisibles.

L’archevêque de Gênes s’opposant au projet de fondation, elle s’installe à Plaisance en 1864, se séparant définitivement des siens et des œuvres qui l’occupaient. Un tel sacrifice dépasse les forces humaines. Les Filles de Sainte-Anne, qui s’occuperont bientôt aussi bien de vieillards délaissés que d’écoles, d’hôpitaux que de crèches, d’aide aux pauvres et aux malades que de prostituées repenties et d’adolescents en détresse.

Écrasée de travail et de sollicitations, épuisée, celle qui a pris en 1870, quand elle a prononcé ses vœux, le nom de sœur Rosa Maria Benedetta n’a plus une minute à elle. Elle résume son engagement par cette formule : « Vivre pour Dieu, mourir pour lui, dépenser sa vie par amour. »

Elle s’use prématurément à la tâche, sans jamais se plaindre. Elle meurt des suites d’un refroidissement mal soigné le 6 mai 1900 dans la maison généralice romaine de sa congrégation. Jean-Paul II l’a béatifiée en l’an 2000.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

La biographie disponible sur le site Internet Santi e Beati : « Beata Anna Rosa Gattorno Vedova, terziaria francescana, fondatrice ».


En complément

  • Sur le site Internet du Vatican, une biographie est disponible ainsi que l’homélie de sa béatification (dimanche 9 avril 2000).

  • En italien, publiés par la Congrégation des Filles de Sainte-Anne : Rosa Gattorno, Fili d’oro, massime e pensieri estratti delle sue lettere, 1916, et Memorie, diario intimo delle esperienze mistiche, 1996.

  • Lazaro Iriarte, Fisionomia spirituale di Rosa Gattorno, Ed. Casa Generalizia delle Figlie di S. Anna, 1989.

  • Ambrogio Maria Fiocchi, La serva di Dio Rosa Gattorno, fondatrice, Ed. Casa Generalizia delle Figlie di S. Anna, 1937.

  • Natalina Sotgia, Beata A. Rosa Gattorno, fondatrice, Congregazione Figlie di S. Anna, 1997.

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