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Les saints
IVe siècle
Nº 914
Empire romain

Saint Athanase, défenseur de la divinité de Jésus

Évêque d’Alexandrie de 328 à sa mort, en 373, Athanase est l’un des grands défenseurs de la foi chrétienne définie au concile de Nicée en 325 : le Christ est pleinement Dieu, « de même substance » que le Père. Il s’oppose ainsi à Arius et à ses partisans, qui considèrent que Jésus n’est pas vraiment Dieu, mais une créature supérieure. Cette fidélité lui coûte cher : il subit cinq exils sous quatre empereurs différents, passant dix-sept ans hors d’Alexandrie. Sa vie est un exemple saisissant de fidélité à Dieu face au monde. Il trouve refuge chez les moines du désert et noue des liens profonds avec Antoine le Grand , dont il rédige la biographie.


Les raisons d'y croire

  • Saint Athanase ne défend pas une question secondaire, mais le cœur de la foi chrétienne : Jésus-Christ est vraiment Dieu, « de même substance » que le Père. Si le Christ n’est qu’une créature supérieure, alors il ne peut pas vraiment sauver l’homme. Toute la cohérence de l’Évangile est en jeu.

  • Sa théologie se distingue par une grande clarté. Dans son ouvrage Sur l’incarnation du Verbe, Athanase explique pourquoi Dieu s’est fait homme : non pour offrir une idée morale supplémentaire, ni simplement pour donner un exemple de bonté et d’amour, mais pour relever l’homme de l’intérieur en accomplissant sa rédemption. Sa pensée n’est pas une spéculation abstraite ; elle donne au salut chrétien une logique pleinement intelligible.

  • Le concile de Nicée montre que l’Église ancienne ne tranche pas ces questions à la légère. La nature du Christ est discutée et débattue publiquement, avec des arguments bibliques, théologiques et philosophiques. La foi chrétienne est le fruit d’une recherche authentique de la vérité, et non une croyance brute.

  • Athanase avait tout à perdre en restant fidèle à Nicée. Il aurait pu conserver son siège, éviter les condamnations, obtenir la faveur des empereurs et vivre en paix. Il choisit pourtant de défendre la vérité, ce qui lui valut cinq exils et, au total, dix-sept années passées loin d’Alexandrie. Il subit aussi, de manière constante, les attaques de ses adversaires. Un tel sacrifice fait que son témoignage ne peut être réduit à l’ambition personnelle ou à l’entêtement.

  • À certains moments, les partisans d’Arius disposent de soutiens considérables – même ceux d’évêques influents – et l’appui du pouvoir impérial. Humainement, la cause de Nicée semble compromise. Pourtant, c’est bien la foi défendue par Athanase qui traversera les siècles. Ce renversement donne à son combat une portée qui dépasse les seuls rapports de force humains.

  • L’attitude d’Athanase montre que la foi de l’Église ne se laisse pas dicter par l’État. Face à l’empereur Constance II, à Valens et à d’autres autorités, il refuse de modifier la doctrine pour complaire au pouvoir. Cette liberté a un prix, mais elle rend son témoignage d’autant plus crédible : Athanase choisit d’obéir à Dieu plutôt qu’aux puissants.

  • Athanase n’est pas seulement un homme de controverse. Ses liens avec Antoine le Grand et les moines du désert montrent que son combat doctrinal est porté par une vraie vie spirituelle. Chez lui, défendre la divinité du Christ ne relève pas d’un débat d’école : c’est défendre celui que les saints prient, aiment et suivent jusqu’au don total de leur vie.

  • L’épisode de sa fuite sur le Nil laisse entrevoir une protection de Dieu au cœur du danger. Poursuivi par les soldats de l’empereur, Athanase fait retourner sa barque, croise ses poursuivants sans être reconnu, et leur répond qu’Athanase « n’est pas loin ». Ce récit, sobre et presque déroutant, correspond bien à la manière dont la Providence agit souvent : sans supprimer l’épreuve, mais en ouvrant un passage.

  • Son héritage a porté des fruits durables. Ses Discours contre les ariens ont servi la foi au Christ vrai Dieu et vrai Homme ; sa Vie d’Antoine, rédigée peu après la mort de l’ermite, en 356, a contribué à diffuser l’idéal monastique ; sa trente-neuvième lettre festale donne la première liste connue des vingt-sept livres du Nouveau Testament tels que l’Église les reconnaît encore aujourd’hui. La fécondité de son œuvre confirme que son combat n’a pas été celui d’un homme enfermé dans une querelle, mais d’un témoin qui a servi l’Église entière.


En savoir plus

Athanase naît vers 296-298, probablement à Alexandrie, en Égypte. La ville est alors l’une des plus grandes de l’Empire romain : un carrefour intellectuel bouillonnant, où se croisent culture grecque, philosophie et foi chrétienne. Il reçoit très tôt une solide formation biblique et théologique, et se rapproche d’Alexandre, l’évêque de la ville, qui devient son mentor et lui ouvre les portes de la vie ecclésiastique.

En 325, il accompagne l’évêque Alexandre au concile de Nicée, convoqué par l’empereur Constantin. Le concile doit trancher une question brûlante : les thèses d’Arius, un prêtre d’Alexandrie, qui affirme que le Christ, Fils de Dieu, est une créature, certes la plus grande de toutes les créatures, mais inférieure au Père. Face à lui, les évêques réunis affirment au contraire que le Christ est « de même substance » que le Père, pleinement Dieu. Athanase, alors jeune diacre, assiste à ces débats avec une attention qui façonnera toute sa vie.

En 328, à la mort d’Alexandre, il lui succède comme évêque d’Alexandrie. Il a moins de trente-cinq ans. Dès lors, il s’engage sans réserve dans la défense des décisions de Nicée et refuse tout compromis avec les partisans d’Arius. Cette intransigeance lui attire rapidement des ennemis nombreux et puissants, non seulement parmi les évêques rivaux, mais aussi au sein du pouvoir impérial.

Les accusations ne tardent pas. En 335, un synode hostile le condamne. Le 5 février 336, l’empereur Constantin lui-même l’envoie en exil à Trèves, en Gaule. Cet exil n’est que le premier d’une longue série : Athanase connaîtra au total cinq exils, imposés par quatre empereurs différents, et passera dix-sept ans hors d’Alexandrie sur les quarante-cinq ans de son épiscopat. Certains de ces empereurs, comme Constance II ou Valens, soutiennent ouvertement ses adversaires.

Dans ces périodes difficiles, il trouve refuge tantôt à Rome, tantôt dans le désert égyptien, accueilli par des communautés de moines. Ses liens avec le monachisme naissant sont profonds. Il connaît personnellement Antoine le Grand, figure emblématique de la vie ascétique. Les fidèles d’Alexandrie continuent de reconnaître en lui leur évêque malgré les condamnations et les exils. À plusieurs reprises, Athanase revient auprès d’eux et reçoit leur soutien. Cette fidélité du peuple chrétien, au milieu des pressions impériales et ecclésiastiques, montre qu’il ne fut pas seulement un grand théologien, mais aussi un véritable pasteur pour ses brebis.

La ténacité d’Athanase est devenue légendaire, au point que l’expression Athanasius contra mundum (« Athanase contre le monde entier ») finira par désigner son combat solitaire pour la foi de Nicée. À partir des années 360, la situation se stabilise progressivement. Il peut enfin exercer son ministère avec plus de sérénité, enseigner et écrire. Il meurt le 2 mai 373 à Alexandrie, après une vie exceptionnellement tourmentée.

David Vincent, doctorant en histoire des religions et anthropologie religieuse à l’École Pratique des Hautes Études.


Au delà

L’ensemble de son héritage a marqué durablement la théologie chrétienne, bien au-delà de son époque.


Aller plus loin

Athanase d’Alexandrie, Sur l’incarnation du Verbe, introduction, texte critique, traduction et notes par Charles Kannengiesser, Cerf, Paris, 1973.


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