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Les visionnaires
Autriche
Nº 880
1915 – 2004

Maria Simma et ses rencontres avec les âmes du purgatoire

Maria Simma, de nationalité autrichienne, fut baptisée catholique en 1915 et se montra profondément croyante dès son plus jeune âge. Elle tenta à trois reprises de devenir religieuse, mais aucun couvent ne l’accepta à cause de sa piètre santé. À partir de ses vingt-cinq ans (en 1940), elle raconte être visitée par des âmes du purgatoire. De quelques cas par an en 1940, ces contacts deviennent peu à peu quasiment quotidiens, de jour comme de nuit. Cela ne se traduit pas par des rêves, mais par des apparitions. Maria Simma a décrit ces expériences extraordinaires à travers huit livres. Faire connaître ces âmes et prier pour elles va devenir son apostolat.


Les raisons d'y croire

  • L’Église ne s’est pas prononcée canoniquement sur le cas de Maria Simma. Bien qu’elle ait vécu une vie de dévotion et d’aide aux défunts, aucun processus de canonisation n’a été tenté, malgré l’intérêt pour ses écrits. Certains de ses livres ont obtenu l’imprimatur : ce n’est pas une preuve de leur origine surnaturelle, mais cela indique que l’Église n’a pas trouvé dans la théologie qu’elle défendait de contradictions avec la foi catholique.

  • En effet, les récits de Maria Simma sont conformes à ce que connaît la foi catholique grâce à divers autres saints ayant eu des contacts avec les âmes du purgatoire : « Des expériences comme la mienne, il y en a plusieurs, certaines célèbres, d’autres moins. Saint Padre Pio a souvent vu les âmes du purgatoire, comme sainte Catherine de Gênes, saint Jean Bosco ou encore sainte Brigitte de Suède », rappelle-t-elle.

  • Le purgatoire et les indulgences ne sont pas une invention du Moyen Âge ; ils sont déjà mentionnés dans l’Ancien Testament, dès la période du second Livre des Maccabées (vers 250 av. J.-C.) : « Tous donc […] se mirent en prière pour demander que le péché commis [par les morts] fût entièrement pardonné […]. Puis, ayant fait une collecte d’environ 2 000 drachmes, il l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d’après le concept de la résurrection » ( 2 M 12,42-43 ).

  • Dans ses écrits, Maria Simma se montre à la fois concrète et théologienne. Ses descriptions très vivantes permettent d’aborder des questions épineuses sur l’état des âmes. C’est tout à fait étonnant pour une femme qui n’a jamais étudié dans une faculté de théologie.

  • Plusieurs prêtres de sa région vont être chargés de se prononcer au sujet de Maria Simma et de ses visions. Leur jugement sera toujours positif.

  • Si certaines de ses affirmations ne relèvent pas de la scolastique traditionnelle, elles concordent cependant avec les expériences de mort imminente (EMI), qui seront connues à partir des années 1970 en Occident à travers les études du docteur Raymond Moody.

  • Maria Simma ne cherche pas volontairement que les morts lui apparaissent. Elle explique : « Il n’est pas permis d’invoquer les morts. C’est strictement interdit ! Personnellement, je ne les ai jamais appelés, jamais je ne le fais et jamais je ne le ferai. C’est Jésus qui a permis cette expérience à travers sa mère. »

  • Sans le savoir, elle est dans la lignée de la future sainte Faustine († 1938), qu’elle ne connaît pas mais qui considère elle aussi la mort comme un passage où se produit pour toutes les âmes une illumination finale par laquelle elles peuvent se convertir. Le pape Benoît XVI, dans son encyclique Spe salvi, l’expliquera en ces termes : « La rencontre avec le Christ est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. On peut y trouver le salut. Le " moment " transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c’est le temps du cœur, le temps du " passage " à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ. »


En savoir plus

Maria Simma est née le 5 février 1915 à Sonntag, en Autriche. Deuxième enfant d’une famille modeste (son père a été gardien, sa mère employée de maison), elle a commencé à travailler très tôt comme nourrice puis comme femme de ménage. En 1947, à la mort de son père, elle occupe seule la maison familiale. Pour subvenir à ses besoins, elle réalise de petits travaux de jardinage et bénéficie de l’aide de certaines personnes bien intentionnées.

En 1940, à vingt-cinq ans, Maria Simma dit trouver la vocation que Dieu lui aurait assignée : aider les âmes du purgatoire, qu’elle aurait le don d’entendre et de voir. Elle, qui est très simple et sans études supérieures, se met à écrire sur ce qu’elle voit et raconte certaines histoires tout à fait saisissantes que les prêtres de la région vont être chargés de discerner. Leur jugement sera toujours positif. Ces récits sont extraordinairement concrets. Ils deviennent même l’objet d’un vrai apostolat.

Voici l’un des récits les plus forts qu’elle fit un jour : « Je me rendis auprès d’un prêtre de mes amis qui était atteint de tuberculose et avait été hospitalisé dans un sanatorium. Je discutais avec lui et il me montra discrètement une jeune fille qui mangeait à une autre table. Il me dit avec un petit rire : " Jamais je ne l’imiterais ! Elle a demandé à Dieu de pouvoir faire son purgatoire sur la terre. Je trouve qu’elle est bien présomptueuse ! " Quelque temps plus tard, la jeune fille mourut. Puis, quelques mois plus tard, le prêtre à son tour mourut. Or, il m’apparut un soir dans ma chambre. Il était au purgatoire et il me disait en me montrant la jeune fille qui, elle, était déjà au paradis : " Comme j’ai eu tort ! Si vous saviez à quel point j’ai eu tort de ne pas vouloir terminer mon purgatoire sur la terre ! Car une journée passée au purgatoire est plus douloureuse que toute une vie passée sur la terre." »

Voici également quelques apports des descriptions de Maria Simma :

1° Les âmes du purgatoire ne sont pas de purs esprits, mais elles emportent avec elles leur vie sensible et leurs souvenirs sensibles de la terre. Elles possèdent une sorte de « corps sensible » qui leur permet de voir, d’entendre, de souffrir sensiblement. On est loin de l’analyse de saint Thomas d’Aquin, qui estimait que toute vie sensible disparaissait en attendant la résurrection.

2° Maria Simma décrit le purgatoire comme étant à la fois « un lieu » (ce qui est logique puisqu’elle estime que ces âmes ne sont pas de purs esprits), mais aussi comme « un état de l’âme » qui doit se purifier de certains restes du péché, et particulièrement des restes d’attachement à son ancienne vie sur terre, à sa réputation ou à sa vanité : « Elles peuvent prier pour nous. Elles ont besoin de nos prières. »

Maria Simma répondait systématiquement par écrit à ceux qui lui écrivaient et, puisqu’elle disait avoir des contacts avec l’autre monde, beaucoup la suppliaient de leur dire si un proche décédé était sauvé ou s’il était encore au purgatoire. Elle répondait avec une grande célérité. Cependant, certains, pour la tester, lui écrivirent pour lui demander des nouvelles de personnes qui étaient encore présentes sur terre. Et elle répondit que ces âmes étaient encore au purgatoire. On peut envisager plusieurs explications : la fraude de Maria Simma, une erreur (l’abbé Alphonse Matt, son directeur spirituel, suggérait que c’était le diable qui s’immiscait pour la tromper), une formulation malheureuse (elle savait que les âmes n’étaient pas au paradis et dans la mesure où son correspondant les disait mortes, elle concluait rapidement leur présence au purgatoire), ou bien on peut reconnaître que la vie sur terre n’est rien d’autre finalement que la première étape du purgatoire.

Maria Simma est décédée le 16 mars 2004 à quatre-vingt-neuf ans

Agrégé en sciences religieuses en Belgique, Arnaud Dumouch fonde en 2015 avec l’abbé Henri Ganty l’institut Docteur Angélique , qui donne sur Internet la totalité d’une formation diplômante en philosophie et en théologie catholique, dans la ligne de l’herméneutique de la continuité de Benoît XVI. Il enseigne en France et en Belgique depuis vingt-cinq ans.


Au delà

Dans l’Écriture sainte (deuxième Livre des Rois), le contact avec les morts est strictement interdit : « De plus, les nécromants et les devins, et toutes les horreurs qu’on pouvait voir dans le pays de Juda et à Jérusalem, le roi Josias les fit disparaître, en exécution des paroles de la Loi de Moïse » ( 2 R 23,24 ). Ce qui est strictement interdit par la religion, c’est de provoquer volontairement par une méthode quelconque l’apparition de morts. En effet, tant que nous sommes sur terre et avant notre entrée dans l’autre monde, la volonté pédagogique et habituelle de Dieu est que nous vivions dans l’obscurité de la foi, séparés de l’autre monde. En conséquence, si l’on provoque la venue d’un mort par un acte de désobéissance à Dieu, on est à peu près sûr que les esprits qui répondront seront de mauvais esprits.


Aller plus loin

Sainte Catherine de Gênes, Le Traité du purgatoire ( en ligne ).


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